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Je voterai socialiste en 2012… si je les évite d’ici là

Subdivision

Le monde électoral, comme dirait Blondin dans le Bon, la Brute et le Truand, se divise en trois parties.

D’un côté ceux qui, de mère institutrice et/ou de père recteur d’académie, habitués dès leur plus tendre enfance à ce qu’on dézingue à table tout ce qui est de droite (comprendre: à droite de la gauche), voteront de toute façon à gauche. « Leurs convictions », comme ils le disent eux-mêmes, « sont à gauche ». Ces convictions, soit dit au passage, les démarquent trop radicalement du reste de la population pour laisser espérer le moindre point d’entente. Etant pour la justice, l’équité, la solidarité et la fraternité, ils ne peuvent raisonnablement s’entendre avec leurs alter-egos de droite qui, pratiquant l’inversion normative, sont, eux, pour l’injustice, les inégalités, le retour de la noblesse de sang et la guerre nucléaire. On ne saurait leur en tenir rigueur, ces choses-là se ressentent, elles ne se discutent pas. J’ai ainsi connu une fille, au demeurant charmante, qui, en vacances avec des amis sur un bateau croisant au large de Porquerolles, préféra sauter à l’eau et rejoindre la rive à la nage quand la discussion tourna politique et qu’un triste sir eut le malheur de dire son Get27 à la main que « dans tout ce qu’a fait Sarkozy, il n’y a pas que du mauvais ». Juste avant de sauter, elle prononça ces mots devenus historiques: « je préfère me noyer qu’entendre ces conneries. »

De l’autre côté du filet, en tee-shirts bleus azur, ceux qui, habitués dès leur plus tendre enfance à ce qu’on dézingue à table tout ce qui vient de gauche (à gauche de la droite, s’entend), voteront de toute façon à droite. Giscard, Chirac, Sarkozy ou Le Pen, tout mais pas « ces connards de socialos ». Notez que ceux-là, pour une raison qui m’échappe, ne sautent pas systématiquement à la mer dès qu’apparaît dans leur champ de vision un défenseur des solidarités tout de rouge vêtu. Du moins, je n’en ai pas encore vus.

Et puis au centre, la catégorie intermédiaire, la familles des indécis, des mous du colliers, des abrutis sans idées ni conviction qui, selon l’enjeu de l’élection, selon le programme des candidats, selon les candidats eux-mêmes, selon l’état de leur vécu et de leur ressenti à un instant t (et non pas de leur réflexion puisqu’ils n’en mènent aucune), seraient capables de voter à droite ou à gauche selon les circonstances. Je figure, comme l’hôte de ce site je le crois, parmi ces abrutis qui, au demeurant, sont les seuls à pouvoir faire basculer une élection d’un camp vers l’autre. Bien qu’ayant voté moi-même pour le gros Bayrou à la dernière présidentielle, j »écarte volontairement le centre de cette analyse, mu par cette impression chaque jour renforcée que les temps ne sont plus tant à la pondération et au juste milieu qu’au bon vieux au choc frontal de l’époque Dreyfus & co. Les Français veulent du sang, et il faudra qu’il coule bleu ou rouge.

Voter à gauche

Le hamster que je suis a voté à droite pendant des années, et pense changer son fusil d’épaule pour les prochaines élections. Pourquoi? Pour tout un tas de raisons, et le sentiment notamment que le libéralisme mondialisant usine à fric et à consommation marchant à l’aveuglette a besoin pour un temps qu’on lui passe un peu la camisole. L’homme n’est pas qu’un client et j’ai l’impression qu’il en prend parfois le chemin trop exclusif à mon goût.  J’ose croire que la gauche, presque (mais pas encore) débarrassée de Ségolène Royal Canin, a réfléchi à la question et offre des perspectives intelligentes pour contrer cette tendance. Et puis, comme beaucoup d’autres, j’ai eu le sentiment que venir nous faire chier avec l’appartenance nationale et trois culs d’arabes qui dépassent d’une mosquée et gênent le passage des piétons alors que deux tiers des gens se demandent juste comment ils vont payer leur loyer et payer moins cher leur lot de dix tomate, voilà qui fut bien balourd et bien mal senti.

Mais comme dans tout, il y a un problème. Et le problème, voyez-vous, est que pour parvenir à voter socialiste, il faut parvenir à les éviter. Du socialisme sans les socialistes, tout le paradoxe est là.

Car comment réussir à oublier, moi dont la mémoire retient tout, ces échanges sucrés salés dans un patio d’Aix-en-Provence avec piscine et colonnades au milieu de ces militants pur jus (et pur salaire) capables de taxer les caméras de surveillance dans les gares de RER de » fascisme à la Big Brother » et d’ »atteinte aux libertés »? Comment chasser de mon esprit ces regards entendus et cet air condescendant des partisans du Bien quand ils entendent dérailler ce pâle type qui leur dit qu’après tout, ces caméras peuvent servir à identifier les coupables et qu’ils lui répondent en rigolant « de toute façon, ça ne sert à rien, ils mettent des capuches » avant d’aller piquer une tête post-digestive dans leur eau à 27°5 ?

Le socialisme sans socialistes

Comment voter socialiste après avoir eu le malheur de discuter avec ce prototype de Sciences-Po Paris, 21 ans, chemise Pierre Cardin et boutons de manchette, capable de me répondre crânement après que je lui aie dit que ma grand-mère ne voterait jamais à gauche qu’il « suffisait de lui expliquer simplement, elle comprendrait » ?

Comment voter socialiste quand un ami du hamster, parlant avec un autre ami du hamster, lui dit « c’est quand même bizarre qu’il vote à droite, il est intelligent » ?

Comment supporter de voter comme ces cons criant « No Passaran » ou faisant la sortie des lycées avec leurs tracts verts et rouges et commençant leur verbiage racoleur par des questions du genre « Franchement, tu trouves normal que les riches gagnent autant? » ?

Voilà qui reviendrait en gros à essayer d’aller voir au jouer au stade l’équipe de son coeur pour se voir entouré malgré soide crétins gesticulants et hurlants des slogans débiles, insultant les joueurs d’en face et balançant des pétards sur la pelouse. De quoi vous passer le goût du stade, si ce n’est plus. Pourtant, des socialistes, j’en verrai. A moins de porter la Burka, au moins jusqu’aux élections.

Laurent Matignon
Consultant web marketing (Changer-de-site.com). Responsable du site Oreille malade.

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