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La soubrette américaine

Le satyre à poil blanc et la soubrette américaine

J’aurais aussi pu appeler ce billet « le pervers de la République », mais il y a, dans « la soubrette américaine », quelque chose d’esthétique et de léger qui rappelle que, ma foi, on peut parfois sourire même en lisant Kafka. Car je vois d’ici la scène. Une porte laissée entrouverte, une employée d’hôtel passant sa tête puis s’introduisant à pas feutrés dans une chambre qu’elle croit vide quand tout d’un coup sort de la salle de bain, nu comme un ver sous sa serviette, le satyre à poil blanc, dont l’érection soudaine fait resurgir tous les démons et sonne le coup d’envoi d’une bacchanale improvisée.

Il y a donc du danger dans toutes les professions, surtout aux USA. On connaissait, grâce à Martin Scorsese, les psychoses du chauffeur de taxi, mais aussi les misères de la prostituée, les coups de sang du policier, les coups de chaud du fireman sans oublier les angoisses du trader et le stress du businessman. Voilà maintenant que le métier d’employée d’hôtel prend sa place dans la liste des métiers à risque. Du même coup, l’expression « room service » gagne en profondeur. Le satyre à poil blanc vient, sans le savoir, d’ouvrir la voie à une diversification du concept déjà présent en filigrane dans le visionnaire « Suce-moi soubrette » de Gérard Mankowitz.

Pendant ce temps, à Cannes, à l’heure de l’apéro, Lars Von Trier balance à la gueule de la jet-set horrifiée un double vodka martini mâtiné de pisse de chameau avec son « Je comprends Hitler » et « Israël fait chier » qui éclabousse le médiatiquement correct en même temps que la robe de Kirsten Dunst, et réactive le traditionnel schéma: 1) je dis ce qu’il ne faut pas dire; 2) la clique médiatique crie au scandale; 3) je m’excuse, mais au moins c’est dit.

On remarquera que pas plus tard qu’une semaine plus tôt, la fascinante « affaire des quotas » à la FFF avait suivi le même script à la lettre. Ce qui m’amène à cette banale remarque: vendre de l’information c’est la scénariser. Un scénario vendeur a toujours eu besoin de gentils et de méchants, de héros et de vilains. C’est encore mieux quand le héros, coupable d’un faux pas, dispose, comme Laurent Blanc, d’un droit à la rédemption. Le droit de dire des conneries, le plaisir de les commenter, le devoir de s’en excuser, voilà les trois temps du jeu médiatique censé nous faire écouter France Info le matin, lire Libé l’après-midi et regarder le journal de France 2 le soir. Des brèves de comptoir agencées en romans feuilleton pour maintenir le consommateur de news en état d’apesanteur.

Ah, que seraient nos soirées de printemps sans le regard grave de Laurent Delahousse, le sourcil plissé de David Pujadas ou la voix enrouée de Laurence Ferrari nous annonçant si solennellement les exactions de l’ogre Khadafi et la montée dans les sondages d’une diablesse aux cheveux d’or ? Comment ne pas les remercier de nous servir à tour de rôle, selon l’adage bien connu qu’une révolution chasse l’autre, la Tunisie en entrée, l’Egypte en plat principal, et la Lybie en dessert ? Nous faire un topo chaque soir sur l’évolution de la situation dans chacun de ces pays, ce serait lasser l’audience. Personne ne veut plus bouffer de salade quand on a attaqué la viande.

A défaut de suivre les affaires du monde, donc, et d’en comprendre les rouages, suivons le regard des caméras. Celles qui nous disent où est l’action, la baise, la guerre, l’adrénaline. Celles qui étaient absentes, malheureusement, de cette fameuse chambre d’hôtel dont nous n’aurons jamais la clé. Cette chambre et cette matinée où se nouèrent dans un même grelin le tragique destin du satyre à poil blanc et de la soubrette américaine

Laurent Matignon
Consultant web marketing (Changer-de-site.com). Responsable du site Oreille malade.

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