Acouphènes et home-cinéma

Parmi les multiples loisirs modernes qui peuvent conduire à l’apparition de troubles auditifs, il y en a un auquel on ne pense pas souvent, et pourtant… le home-cinéma !

A tant vouloir approcher les sensations d’une salle de cinéma dans son canapé, on a également multiplié les risques de lésions auditives, et c’est ce que nous rappelle un excellent article du site www.homecine.com :

Petit article de sensibilisation sur le danger corporel le plus probable pour tout amateur de home-cinéma : les acouphènes. Cela décrit tout bruit parasite que l’on peut entendre alors qu’il ne provient pas de l’extérieur du corps. Les acouphènes peuvent être temporaires ou durables. Certaines acouphènes sont d’origine physique et sont dues à la contraction de vaisseaux sanguins au rythme de notre cœur. D’autres sont d’origine psycho-acoustique et sont dues à une dégradation de l’oreille et à une focalisation du cerveau sur celle-ci.

Dans le deuxième cas, la plupart du temps, un sifflement est perçu sur une ou deux oreilles. Il peut être à fréquence et intensité fixe ou variable. Dans le cinéma, des films mettent en scène ce phénomène : Il faut sauver le soldat Ryan (lors du tir du char), Fight club (le suicide raté), Copland (la balle dans l’oreille) pour ne citer que ceux-ci. Mais ce que ces films ne traduisent pas, c’est que ce phénomène dure bien plus longtemps.

Cette sensibilisation fait suite à mes propres problèmes d’audition. Depuis ma jeunesse, j’ai pris l’habitude d’écouter de la musique à niveau sonore élevé, mais en faisant constamment attention à la fatigue auditive. Malgré les craintes de mes parents, je n’ai jamais perdu d’audition. Le tout pour moi était d’arrêter sitôt qu’apparaissait une sensation de chaleur, de douleur ou simplement de lassitude. En bref, écouter uniquement tant que c’est plaisant. A 27 ans, après avoir acheté ma maison, j’ai commencé les travaux de ma future salle de cinéma. Les anciens propriétaires avaient réalisé une salle d’eau dans le sous-sol entièrement carrelé. En retirant au burin et marteau le carrelage, j’ai attrapé des acouphènes à l’oreille gauche. Je n’ai pas perçu ma fatigue auditive dans la mesure où au bout de 3 heures de frappe j’étais avant tout fatigué physiquement.

Nous avons quasiment tous eu des acouphènes après avoir écouté trop fort (avec un casque hi-fi ou en sortant de discothèque par exemple). Mais elles ne durent généralement que quelques minutes. Mais pour moi, le lendemain matin, elles étaient toujours là. Quelques jours plus tard, malgré du repos, la séance du Seigneur des anneaux a viré au cauchemar: je ne supportais plus la bande son, alors qu’elle ne semblait gêner personne. Chaque pique de dynamique ou son grave faisait décupler mes acouphènes, les rendant subjectivement aussi fortes que le niveau des dialogues. La semaine suivante, les courses en supermarché‚ ou les enfants qui déballent leurs jouets de Noël m’étaient désormais insupportables : cela s’appelle de l’hyperacousie ; c’est une perception décuplée du son qui le rend agressif. Le moral ne fit alors que de chuter, me disant que la salle que j’étais en train de construire ne me servirait alors jamais.

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Une visite chez l’O.R.L. a confirmé bien évidemment le symptôme et la cause. Un audiogramme a mis en évidence que mon ouïe était intacte (du moins de 125Hz à 8000Hz domaine de fréquence du contrôle). Une chance car souvent l’acouphène perçue est à la fréquence charnière de la perte auditive. Il m’a prescrit un médicament : le RIVOTRIL. Lors des premières prises, au bout de quelques minutes j’étais incapable d’articuler une phrase, le sommeil arrivait rapidement durant plus de 12h, la tension artérielle et la vigueur associée était en chute libre. Cet drogue n’avait pour moi qu’un seul but ; endormir le cerveau pour qu’il arrête de se focaliser sur ce bruit sans fin qui m’empêchait de dormir. Après 6 mois de traitement infructueux, nous avons décidé d’arrêter ce médicament avec une réduction très lente des doses pour éviter tout phénomène de manque. Le médecin m’a alors dirigé vers un cabinet de correction auditive pour d’autres types de solutions à mon problème, par exemple le port d’oreillettes spéciales qui émettent un bruit blanc ou rose dans le but de distraire le cerveau de l’acouphène. Bien sûr, ce n’est pas remboursé par la sécurité sociale. On m’a remis, en attendant que je me décide, une brochure de SIEMENS qui, au delà de présenter leur produit, informe longuement sur le phénomène des acouphènes. C’est cette brochure qui m’a appris à vivre avec.

Les acouphènes existent naturellement chez l’homme. Isolez vous au calme, prêtez l’oreille avec attention, et vous entendrez sûrement soit un bourdonnement, soit un sifflement. Le cerveau s’en servirait comme un signal témoin pour s’assurer que l’oreille fonctionne toujours. Lorsque l’oreille est agressée, l’acouphène permet à l’humain d’être alerté avant que les cils qui composent l’intérieur de l’oreille ne soient dégradés. Ainsi, entre deux coups de marteau, le sifflement nous rappelle de nous protéger. Une fois l’oreille dégradée au niveau de ces cils, un stimuli parasite est généré de manière continue, indépendamment de la perception du bruit. Dans certains cas désespérés, on a coupé le nerf auditif de certains patients. Contre toute attente, les acouphènes persistaient. Cela veut dire que c’est le cerveau qui génère ce signal de fond. Ainsi, le psychique a une part énorme dans la perception de ces bruits. Ecouter ses acouphènes peut amener à devenir fou, alors que de se contenter de les entendre permet avec beaucoup d’espoir et de tranquillité de les oublier. J’écris cet article deux ans après mon “accident”. Il y a des périodes ou pendant plusieurs semaines j’oublie que j’ai déprimé à l’idée de ne plus pouvoir écouter de la musique ou un film. Par contre le stress, la fatigue ou le simple fait d’écrire ces lignes provoquent un retour à ma conscience que ce bruit ne s’arrêtera jamais. Pour être clair sur ce qui m’a sauvé, c’est de se répéter que les acouphènes sont aussi dangereuses qu’un robinet qui fuit quand on veut dormir. La seule solution, c’est de s’en moquer et de ne pas y prêter attention. Ce n’est pas aussi facile que de l’écrire mais c’est bien la solution qui a marché chez moi.

Depuis je bricole constamment avec un casque antibruit. Dire que pour 23 euros de protection j’aurais évité tous ces soucis ! Faites attention lors de vos démos. Baissez le volume dès le moindre signe de fatigue, et travaillez couvert.

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