Acouphène



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  • OreilleMalade

    Organisateur
    18 août 2019 at 15 h 27 min

    “Acouphène” d’Emmanuel Pinto

    Traduction : Laurent Cohen

    Résumé du livre “Acouphène” :

    En 1981, pendant la première guerre du Liban, Pini, diminutif de Pinto, était soldat. A un carrefour, il s’est trouvé nez à nez avec un enfant qui pointait sur lui son rpg, il a tiré, l’enfant est mort.

     

    Mais nous n’en sommes pas sûrs.

     

    En chacun de nous est enterré un enfant mort. Celui que les adultes tuent en chacun de nous, par temps de paix ou de guerre.

     

    Accablé d’un sifflement dans les oreilles, Pini part à sa recherche, mais le souvenir est trompeur, erratique.

     

    Nous le suivons au Liban, en 1981, lors de l’opération Litani et des massacres de Sabra et Chatila.

     

    Jean Genet y était présent comme témoin visuel. Il était malade, amoureux d’un jeune Palestinien et logé à Beirut par Léïla Shahid.

     

    Comment pouvait-il prendre parti ? Que croyait-il savoir de la guerre ?

     

    Emmanuel Pinto est aussi metteur en scène, il admire Genet. Mais en quelque sorte, il écrit ce livre en dialogue avec Genet. Et sa démarche, toute en tâtonnements irrésolus, est à contre-courant de celle du film Valse avec Bachir, d’Ari Folman où de puzzle en puzzle, l’auteur recréait le souvenir et l’horreur de la guerre, et la réminiscence de la Shoah, et la grossièreté des soldats israéliens.

     

    Chez Pinto, tout est intérieur, délicat, et dans le brouillard. Dans le vacarme de la guerre, la mémoire se brouille, nous dit-il, et il démonte et met en scène ce brouillage. C’est en cela que ce livre est magistral et nous fait entendre une autre voix et une détresse qu’aucune recherche mémorielle ne peut apaiser.

     

    Le livre se déploie sur une deuxième partie et un deuxième registre, tout aussi fort que le premier :

    le mère de Pini, rendue folle par le départ de ses fils au front, s’enferme sur sa terrasse et écrit des lettres à ses fils.

    Elle les supplie de revenir à la maison sans héroïsme ni bravoure.

     

    A mesure qu’elle leur écrit, elle invente et s’approprie un hébreu flamboyant qu’elle ne possédait pas :

    elle est algérienne et ne sait que l’arabe et le français.

     

    Et Pinto bascule avec elle dans la douleur et la folie qui lui rendent la parole dans une langue étrangère.

    Superbe.

     

    Acouphène est un texte d’une écriture magnifique, variée, souple, tantôt lyrique, tantôt urgente, où l’argot côtoie une poésie héritée de la Bible, du Talmud ;

    le monologue intérieur y est porté à des sommets.

    C’est un livre brûlant qui fera débat, qui choquera et qui bouleversera, qui donnera à penser.

    • Emmanuel Pinto est né en 1962 au sein d’une famille d’origine algérienne.
    • Après une éducation strictement religieuse, il a étudié l’histoire et le théâtre.
    • Parti pour la France en 1994, il devient metteur en scène de théâtre, scénariste et traducteur littéraire du français vers l’hébreu, notamment des livres d’Irène Nemirovski.
    • Il est l’auteur d’un premier roman, Daniel (Schocken, 2000, inédit en français) salué par la presse israélienne et couronné par le prix du Premier roman du ministère de la Culture.
    • Emmanuel Pinto vit aujourd’hui entre Tel-Aviv et Lille.
    • Il est parfaitement francophone.


    Quel est votre avis sur le livre “Acouphène” d’Emmanuel Pinto ?


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