Hyperacousie

Si l’hyperacousie est une pathologie auditive relativement frĂ©quente, elle reste encore très mal connue – et, surtout, très mal comprise.

Etat des lieux.


Autres infos sur l’hyperacousie :


Hyperacousie : définition

Il n’existe pas de dĂ©finition de l’hyperacousie prĂ©cise qui soit parvenue Ă  faire consensus. Nous allons donc “procĂ©der par Ă©limination”.

Qu’est-ce que l’hyperacousie n’est pas ?

L’hyperacousie est souvent confondue avec l’hypersensibilitĂ© auditive, mais Ă©galement avec d’autres pathologies de l’audition.

Il convient donc de rappeler en prĂ©ambule la diffĂ©rence entre hyperacousie et d’autres troubles auditifs :

hypersensibilité auditive misophonie
  • l’hypersensibilitĂ© auditive : gène face Ă  un bruit prĂ©cis uniquement
  • la phonophobie : peur du bruit, irrationnelle
  • la misophonie : rĂ©ponse Ă©motionnelle Ă  certains sons. Par exemple et notamment, le bruit de mastication, une personne qui mange bruyamment Ă  cĂ´te de vous ou qui mâche son chewing-gum d’une manière que vous percevez comme “agressive”. Ou encore le bruit de la craie sur le tableau noir lorsque ce son est source non seulement de gène auditive mais aussi d’une Ă©motion nĂ©gative). La misophonie est une pathologie “Ă  la mode”, ce qui peut avoir des effets pervers du type “quand on veut, on peut”, mĂŞme si la volontĂ© n’est pas une rĂ©ponse adaptĂ©e, Ă  tout le moins suffisante, Ă  de tels troubles de l’audition.
  • le recrutement : hypersensibilitĂ© sonore chez les patients atteints de perte auditive neurosensorielle

Malheureusement, de nombreux ORL continuent de poser un diagnostic flou entre ces différentes notions qui, si elles peuvent présenter certaines similitudes importantes, sont largement différentes dans leurs modes de fonctionnement, et donc dans leur(s) cause(s) et dans leur traitement.

L’hyperacousie, qu’est-ce que c’est ?

S’il fallait apporter une dĂ©finition de l’hyperacousie qui puisse mettre tout le monde d’accord, ce serait la dĂ©finition suivante :

L’hyperacousie est une diminution du seuil de tolĂ©rance au bruit.

hyperacousie définition

On distingue parfois certaines formes d’hyperacousie, de manière Ă  mieux les comprendre et, ainsi, Ă  apporter des solutions plus efficaces :

  • hyperacousie cochlĂ©aire : la plus courante
    • Il s’agit d’une intolĂ©rance aux sons, Ă  tous les sons (plus ou moins, en fonction de diffĂ©rents facteurs, et pas uniquement de leur intensitĂ© sonore)
    • On parle aussi d'”hyperacousie de douleur“, ou d'”hyperacousie douloureuse” : tout perception auditive cause une douleur
  • hyperacousie vestibulaire : la personne peut Ă©prouver des sentiments de vertige, des nausĂ©es ou une perte d’Ă©quilibre face au bruit
  • hyperacousie d’intensitĂ© : un dysfonctionnement de la perception de la dynamique : les sons faibles Ă  modĂ©rĂ©s sont perçus comme Ă©tant très bruyants
  • hyperacousie de gĂŞne : certains sons uniquement, mĂŞme s’ils sont modĂ©rĂ©s, sont gĂŞnants voire douloureux, parfois source d’une douleur extrĂŞme.
    • On parle ici souvent d’ “hyperacousie sĂ©lective“, cette expression ayant le mĂ©rite de ne pas minimiser la gravitĂ© du problème (comment parler de “gĂŞne” lorsque l’individu s’Ă©vanouit pratiquement de douleur lorsqu’il entend, par exemple, le bruit d’un trousseau de clĂ©s que l’on agite non loin de lui ?)
  • hyperacousie de peur : la personne a peur de certains sons, quelle que soit l’intensitĂ© de ceux-ci.
    • Nous sommes donc ici dans une forme de phonophobie

Notons, pour ĂŞtre complet, que certains synonymes de l’hyperacousie existent, mais restent confinĂ©s le plus souvent Ă  la littĂ©rature mĂ©dicale :

  • hyperesthĂ©sie auditive (souvent en lien avec la douance, chez les adultes zèbres : surdouĂ©s / haut potentiel / THQI)
  • allodynie auditive
  • odynacousie
  • dysacousie
  • dysesthĂ©sie auditif

Hyperacousie : symptĂ´mes

Outre les symptĂ´mes abordĂ©s dans la partie “DĂ©finition”, de nombreux signes peuvent permettre de diagnostiquer une hyperacousie.

Hyperacousie chez l’enfant

hyperacousie enfant

Chez l’enfant, l’hyperacousie peut s’accompagner de nombreux symptĂ´mes :

  • acouphènes
  • autisme
  • dĂ©pression
  • syndrome de fatigue chronique
  • syndrome de Williams

Il est d’autant plus difficile de faire la part des choses si l’enfant est nĂ© avec une hyperacousie. Pour lui comme pour ses proches, l’hyperacousie a toujours Ă©tĂ© prĂ©sente et fait ainsi en quelque sorte partie de sa “normalitĂ©”.

Hyperacousie chez l’adulte

Chez l’adulte, l’hyperacousie – apparue en cours de vie – est souvent prĂ©sente en compagnie de tout ou partie des symptĂ´mes suivants :

  • acouphène
  • anxiĂ©tĂ©
  • audition altĂ©rĂ©e sensation de plĂ©nitude de l’oreille (“oreille pleine”)
  • dĂ©pression
  • dĂ©sĂ©quilibre, sensation de “flotter”
  • otalgie : douleur dans une oreille ou dans les deux oreilles

Notons qu’il y a parfois (souvent) confusion entre les causes de l’hyperacousie et ses consĂ©quences. En outre, il peut y avoir hyperacousie temporaire dans un premier temps, mais celle-ci peut finir par s’installer et devenir chronique.


Hyperacousie douloureuse

hyperacousie douloureuse

L’hyperacousie peut ĂŞtre qualifiĂ©e de “douloureuse” dès lors que certains sons qui ne posent aucun problème Ă  un individu sain, voire mĂŞme qui ne seront pas perçus par ce dernier, sont douloureux pour l’hyperacousique.

Bien souvent, les sons en questions augmentent temporairement l’hyperacousie et/ou les acouphènes, ou parfois causent des acouphènes lorsque ceux-ci n’Ă©taient pas prĂ©sents prĂ©cĂ©demment.

Ces symptĂ´mes font que l’hyperacousique a parfois tendance Ă  croire qu’il vient de subir un traumatisme sonore, c’est-Ă -dire une lĂ©sion de l’oreille interne, mĂŞme dans le cas d’un son extrĂŞmement faible. Si cette fausse croyance n’est pas remise en question, cela pourrait aboutir Ă  une peur irrationnelle du bruit en gĂ©nĂ©ral, une paranoĂŻa sonore, bref, une vĂ©ritable phobie du bruit : la phonophobie.

L’hyperacousie est propre Ă  chaque individu et, comme dans le cas de n’importe quelle maladie, elle peut ĂŞtre mineure ou extrĂŞmement grave et invalidante, un handicap qui rend toute vie normale impossible.

Bien entendu, nous pouvons rappeler que chaque individu est unique face au bruit. Mais en disant cela nous n’avons pas dit grand chose, car l’inĂ©galitĂ© est Ă  la base d’individualitĂ© : limiter la recherche des causes de l’hyperacousie Ă  une simple “fragilitĂ©” ou “prĂ©disposition, quel que soit le terme retenu, serait comme d’affirmer que si certains personnes dĂ©veloppent un cancer suite Ă  une consommation excessive de tabac ou d’alcool c’est tout simplement qu’elles Ă©taient “prĂ©disposĂ©es”.

En rĂ©alitĂ©, l’appareil auditif de l’ĂŞtre humain n’est pas adaptĂ© aux niveaux sonores auquel nous sommes confrontĂ©s au quotidien dans nos sociĂ©tĂ©s modernes. En particulier, l’oreille humaine n’est pas faite pour supporter des activitĂ©s du type discothèque ou concert (voire, dans certains cas, stade, cinĂ©ma, …) plus de quelques minutes ou dizaines de minutes.

L’hyperacousie (tout comme l’acouphène) n’est donc pas une pathologie qui rĂ©sulte d’une fragilitĂ© particulière chez certains rares individus, mais bien une consĂ©quence logique, rationnelle, “normale”, Ă  une exposition sonore excessive.

C’est la raison pour laquelle l’hyperacousie chez les musiciens est extrĂŞmement frĂ©quente :

  • Une Ă©tude a montrĂ© qu’un tiers des hyperacousiques sont des musiciens professionnels !
  • Une Ă©tude brĂ©silienne a conclu que 37% des musiciens qui officient au sein d’un orchestre militaire souffrent d’hyperacousie
  • L’association des orchestres anglais a menĂ© une Ă©tude qui rĂ©vèle que 25% des musiciens sont touchĂ©s

On peut d’ailleurs s’Ă©tonner du peu de prĂ©vention menĂ©e par les musiciens et salles de concerts qui ne peuvent, pour la plupart d’entre eux, ignorer les risques auxquels ils exposent leur public, en particulier les fans les plus assidus.

Lorsque l’hyperacousie douloureuse est si intense qu’elle prive le musicien de toute pratique de son mĂ©tier ou qu’elle place l’individu lambda dans une situation dans laquelle chaque son, mĂŞme très faible, est susceptible de provoquer une douleur, parfois extrĂŞme, on parle d’hyperacousie sĂ©vère.

Contrairement Ă  une idĂ©e reçue, une hyperacousie “lĂ©gère” ne devient pas forcĂ©ment douloureuse, voire sĂ©vère, au fil des micro-traumatismes sonores. Les tĂ©moignages ne sont malheureusement pas rares : un seul concert, une seule soirĂ©e en boĂ®te de nuit peut suffire Ă  dĂ©clencher brutalement une hyperacousie sĂ©vère invalidante.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule erreur ou contre-vĂ©ritĂ© que contient la page Wikipedia sur l’hyperacousie, une preuve supplĂ©mentaire du faible niveau de connaissance qui perdure autour de cette condition.

L’hyperacousie peut ĂŞtre prĂ©sente dès la naissance, ou apparaĂ®tre au cours de la vie, le plus souvent soit après un traumatisme sonore, soit après une exposition rĂ©pĂ©tĂ©e Ă  des bruits au volume sonore Ă©levĂ©.


Hyperacousie et acouphènes

Acouphène et hyperacousie sont souvent corrélés :

  • Hyperacousie et acouphène sont prĂ©sents en mĂŞme temps dans 86% des cas d’acouphènes
  • Une hyperacousie apparaĂ®t après des acouphènes, dans 78% des cas
Prévalence (%)Échantillons (n) Auteurs / Pays
40%500Jastreboff PJ et al. 1996, États-Unis
60%189Andersson et al. 2001, Suède
34%47Guzek et al. 2002, Pologne
60%250Herráiz et al. 2003, Espagne
79%249Dauman R & Bouscau-Faure F. 2005, France

Source : Wikipedia : L’hyperacousie chez les personnes atteintes d’acouphènes


Hyperacousie : test et mesure

Tout comme pour les acouphènes, le test d’hyperacousie reste rudimentaire. En effet, il n’est pas possible d’objectiver la pathologie : toute mesure repose ainsi essentiellement sur un ressenti, une subjectivitĂ©, comme c’est le cas, par exemple, d’un audiogramme, qui reste malheureusement l’examen ORL de rĂ©fĂ©rence.

Cette limite freine considĂ©rablement la reconnaissance de l’hyperacousie en tant que handicap.

En France comme ailleurs dans le monde, il n’existe Ă  ce jour aucune procĂ©dure de diagnostic normalisĂ©e, faute d’avoir obtenu un consensus autour de ce problème de santĂ© public majeur.

Les ORL français ne pratiquement gĂ©nĂ©ralement pas de test de l’hyperacousie, tout simplement car ils ne possèdent aucun matĂ©riel nĂ©cessaire Ă  de tels test et mesures de l’hypersensibilitĂ© et de la douleur. Il existe nĂ©anmoins des plateformes ORL spĂ©cialisĂ©es pluridisciplinaires qui disposent de ce type d’Ă©quipement.

Test du niveau d’inconfort

Le principe est de mener, conjointement Ă  l’audiogramme, une mesure non seulement du seuil d’audition mais aussi du seuil d’inconfort, et ceci sur diffĂ©rentes frĂ©quences (qui restent malheureusement très peu nombreuses et limitĂ©es aux frĂ©quences de la voix humaine).

L’objectif de ce test est de dĂ©terminer le niveau sonore que la personne est susceptible de pouvoir Ă©couter sans gĂŞne ou douleur notable, pendant un temps relativement long.

La population moyenne affiche les niveaux suivants :

  • niveau d’inconfort : 85 dB
  • seuil de douleur : 120 dB soit, pour rappel, un niveau très largement supĂ©rieur au seuil de danger, ce qui explique que la plupart des traumatismes sonores se produit sans que le sujet ait ressenti la moindre douleur

La sensibilitĂ© peut dans certains cas ĂŞtre si Ă©levĂ©e que l’individu ne pourra supporter aucun son de la vie quotidienne, mĂŞme les plus infimes.

Malheureusement, ce genre de test peut aboutir Ă  des rĂ©sultats très diffĂ©rents d’un jour Ă  l’autre, d’une frĂ©quence Ă  l’autre. En outre, un patient peut penser supporter sans souci un son, mais ce dernier deviendra insupportable au bout de quelques minutes.

Dès lors, on comprend aisĂ©ment combien les statistiques en matière d’hyperacousie sont Ă  prendre avec des pincettes.

Test JHQ

Le JHQ (Johnson Hyperacusis Dynamic Range Quotient) ne peut ĂŞtre mesurĂ© que lorsque l’individu prĂ©sente des seuils auditifs normaux. L’idĂ©e est simple : dĂ©terminer la plage dynamique de l’hyperacousie, et ce pour chaque frĂ©quence.

75-90 dBhyperacousie légère
50-75 dBhyperacousie moyenne
30-49 dBhyperacousie sévère
0-29 dBhyperacousie profonde

Test de psychoacoustique

Il s’agit ici pour le docteur spĂ©cialiste de l’hyperacousie de parvenir Ă  distinguer ce qui relève d’une hyperacousie et ce qui relève d’une rĂ©action Ă©motionnelle aux bruits.

En effet, la frontière entre diverses pathologiques, par exemple entre hyperacousie et phonophobie ou encore entre hyperacousie et misophonie, n’est pas toujours très nette.


En rĂ©sumĂ© : c’est quoi l’hyperacousie ?

  • L’hyperacousie se caractĂ©rise par une hypersensibilitĂ© auditive sur certaines frĂ©quences (on parle alors d’ “hyperacousie sĂ©lective”) ou sur l’ensemble des sons.
  • On estime qu’environ 40% des personnes qui ont un acouphène souffrent Ă©galement d’une forme d’hyperacousie, plus ou moins marquĂ©e.
  • L’hyperacousie peut ĂŞtre tellement forte qu’un bruit aussi lĂ©ger que le tintement d’un trousseau de clefs ou le froissement d’une feuille de papier peut entraĂ®ner une douleur vive, qui peut parfois amener la personne au bord de l’évanouissement.
  • Il est important de ne pas confondre l’hyperacousie avec d’autres pathologies, notamment la phonophobie (peur du bruit) ou encore la misophonie (inconfort liĂ© Ă  un ressenti Ă©motionnel face Ă  certains sons).

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