musiciens abîmés

  • musiciens abîmés

    Posted by bea on 15 novembre 2013 à 11 h 22 min

    Bonjour !
    Je ne sais combien de musiciens, professionnels ou amateurs, se trouvent sur le site, ou font partie de vos connaissances ?
    Quelques anecdotes sur ce que la pratique de la musique (et pas seulement “métal” !) peut nous faire, de l’anodin au grave… L’occasion aussi de prendre conscience de certaines réflexions, certains comportements, liés au manque d’information.
    A votre tour si vous avez d’autres histoires musicales à raconter !

    Bêtise et gros dégâts, par ignorance :
    Petit orchestre amateur, catégorie “harmonie municipale”, avec majoritairement des instruments à vent. Un soir de répétition, le banc des trompettes s’ennuie pendant que le chef d’orchestre fait travailler en détail les saxophones, et les 7 ou 8 adolescents prennent l’idée de faire sursauter la flûtiste devant eux : imaginez 7 ou 8 trompettes braquées juste derrière les oreilles de quelqu’un, et soufflant brusquement à pleine puissance… Oh oui, elle a sursauté ! Tout le monde a bien ri, tout le monde… Quelques jours de maux de tête, et puis on oublie tout ça.
    Quelques temps plus tard, perte d’audition de 49%, irréversible.
    Elle s’en sort “bien”, mais ne pourra plus progresser musicalement. Sa vie privée tout comme sa passion en sont profondément altérées.

    Réflexions moqueuses et absence d’aide, par ignorance :
    Cours particulier d’instrument (quel qu’il soit), en école de musique ou au conservatoire. L’élève pratique de 10 à 15 heures par semaine (c’est nécessaire à tout amateur qui souhaite progresser). Et un jour, cet élève se présente sans son instrument, la main et le poignet dans une attelle :
    – Désolé, je ne pourrai pas jouer pendant 15 jours au moins, j’ai fait une tendinite…
    – Comment ça, une tendinite ?! (début de rire amusé)
    – Ben oui : apparemment j’ai trop forcé sur ces tendons, là, vous savez, le canal carpien et tout ça, enfin bref, ça s’est enflammé, ça fait vraiment très mal, il faut que je m’arrête pour que ça se calme, plus aucun effort, sinon/…
    – “Effort”, “effort”, ne me fais pas rire ! (dont acte : gros rire moqueur) Tu as l’instrument le moins lourd de sa famille !
    [exemples : un violon par rapport à une contrebasse, un sax soprano par rapport à un sax ténor…]
    – Peut-être bien, mais/…
    – N’importe quoi… C’est toi qui t’y prends mal, c’est sûr. Combien de temps tu dois t’arrêter de jouer ?
    – 15 jours au moins.
    – Ah, mais ça va pas, ça : et le concert annuel, alors ? C’est dans 8 jours ! J’ai besoin de toi dans les rangs, moi !”
    Sous la pression, l’élève quitte son attelle et joue au concert annuel (1h de “chauffe”, une demi-heure de pause, et 2h en continu), la tendinite devient chronique à vie, et le gêne régulièrement jusque dans sa vie privée (ne peut plus ouvrir une bouteille d’eau, un pot de moutarde…).
    Quelques semaines après l’incident, une émission de Radio Classique expliquait que 40% des musiciens assidus sont atteints de tendinites, à divers endroits du corps selon l’instrument pratiqué.

    Instruments à vent et ORL psychologisant :
    Un hautboïste-chanteur souffrait de céphalées importantes, de sinusites répétées (7 à 10 fois par an, 10 ou 12 jours à chaque fois), les traitements médicamenteux n’apportaient qu’un soulagement modéré, sans jamais régler le problème, les radios montraient des sinus dégagés en dehors des crises. L’ORL finit par lui dire que c’était “psy”, qu’inconsciemment il devait “faire un rejet”… Pourtant lui savait qu’il aimait profondément la musique. Peu à peu son jeu devenait moins précis, son chant moins juste : un bilan montra que son audition baissait. Là encore on lui dit que c’était “dans la tête”, qu’il se fermait au monde… Et puis un beau jour il croisa le chemin d’une clarinettiste, qui savait quelle pression d’air il faut fournir pour ces instruments, et qui elle aussi était sans cesse victime de sinusites : “Si tu veux arrêter tes sinusites, tu devras abandonner les instruments à vent. C’est un choix difficile.”
    Aujourd’hui il n’a plus de sinusites ni de céphalées, et chante juste à nouveau… avec une guitare.
    C’est un autre ORL qui le suit pour les petites séquelles auditives…

    admin a répondu il y a 8 années, 10 mois 2 Membres · 1 Répondre
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    admin

    Organisateur
    19 novembre 2013 à 18 h 05 min

    Merci @bea pour toutes ces anecdotes… La musique est ma grande passion… J’y suis donc particulièrement sensible… C’est édifiant… :-/

    Cela montre une nouvelle fois à quelle point la conscience des risques auditifs est proche du néant, même chez les premiers concernés. Il ne faut pas s’étonner alors que le public se fasse éclater joyeusement l’oreille interne par dizaines de milliers chaque année rien qu’en France, surtout lorsque l’on sait que les artistes et ingénieurs du son sont eux nettement moins exposés que les spectateurs…