Le vacarme le foudroya comme par un double crochet de boxeur

le-camp-des-saints-jean-raspail_Le bateau résonnait comme un tombeau vide. Par les cheminées tronquées, l’ouragan s’engouffrait en soufflant dans ce tuyau d’orgue, une cacophonie d’enfer, entrecoupée de craquements formidables. Sur tout le navire, les portes battaient furieusement. Les trappes d’écoutille se soulevaient à la verticale, puis se rabattaient avec fracas, comme si le vent jouait avec le clavier d’un monstrueux basson. La variété des bruits et des chocs était infinie. Tous les espars, les cordes, échelles, filets, coupés par où la foule s’en était allée, saisis par une sorte de danse démente, martelaient en cadence les flancs du navire. Cela ressemblait un peu à une troupe de cavaliers galopant sur un pont métallique, ou à de la grêle sur un toit de tôle, mais cent fois amplifié. Mains à plat sur les tempes, les serrant jusqu’à la douleur, l’évêque se boucha les oreilles. […]

Pleurant comme un enfant, il laissa tomber ses bras le long du corps, dégagea ses oreilles et le vacarme, aussitôt, le foudroya comme par un double crochet de boxeur.

Le Camp des Saints, Jean Raspail, XLIV

A lire aussi :  La Chute de Berlin – der Untergang

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Un monde de sourds. Et d’hyperacousiques.

L’enfer de l’hyperacousie douloureuse. Ce jour-là, Louisa profita d’une promenade avec ses parents pour enlever ses bouchons et essayer de souffler un peu. La pression qu’elle ressentait dans les oreilles lui donnait l’impression d’avoir une cocotte-minute à la place de la tête. Elle était au bord des larmes. Des larmes de chagrin et de douleurs.

Roberto Juarroz

Poésie verticale. Un bourdonnement de fond témoigne de la présence des choses. Nous avons besoin de la parole et du vent pour le supporter. Un bourdonnement de fond dénonce l’absence des choses. Nous devons inventer une autre mémoire pour ne pas devenir fous. Un bourdonnement de fond annonce qu’il n’y a rien qui ne puisse exister.

Réponses

  1. J’ai lu ce livre pour la première fois quand j’avais 15-16 ans et je l’ai sur ma table de chevet en ce moment. Comme quoi les grands esprits se rencontrent.
    Quand je l’ai lu pour la première fois, il m’a choqué.
    Ce roman ne parle pas de troubles auditifs mais surtout d’immigration (même si dans ce passage précis il est question d’un évêque assourdi après s’être retrouvé au milieu d’une foule de migrants). Et il est particulièrement pessimiste : il prédit la fin de l’Occident et de la race blanche.
    La pensée de l’auteur est clairement identitaire : pour lui, l’immigration (si elle provient de pays non-occidentaux) est avant tout une menace pour la survie de notre culture, pouvant mener à son extinction.

    D’autres bouquins défendant des théories similaires (mais ce sont des essais et pas des romans) : “Reconquista ou mort de l’Europe” de René Marchand, “Le grand remplacement” de Renaud Camus, “La colonisation de l’Europe : discours vrai sur l’immigration et sur l’islam” de Guillaume Faye et “Eurabia, l’axe euro-arabe” de Bat Ye’or (je précise tout de suite que je n’apprécie pas du tout les textes de Bat Ye’or que je trouve trop conspirationnistes et parano).

    Y’a d’autres personnes qui ont lu ce roman et qui pourraient me dire ce qu’ils en pensent ?

    1. “Grands esprits” je ne sais pas, mais être choqué par Le Camp des Saints, c’est la moindre des choses 😉

      Il est devenu un un roman culte dans certains milieux, notamment à l’extrême-droite naturellement, puisque c’est là où l’on trouve le plus grand nombre d’ “identitaires” . Mais on trouve de nombreux livres tout aussi choquants dans les bibliothèques d’extrême-gauche, car l’extrême-gauche et l’extrême-droite présentent de fortes similarités, notamment dans leur mode de pensée. Si l’on veut comprendre le fonctionnement des extrêmes, ce livre me semble incontournable.

      La page Wikipedia consacrée au Camp des Saints reprend quelques réactions sur le livre.