Comment aider un dépressif ?

Comment aider un dépressif ? La dépression pour les nuls

Comment aider un dépressif : que dire et ne pas dire

Durant ces quelques années, j’ai pu entendre pas mal de petites phrases qui sont comme un coup de massue pour une personne qui traverse une dépression. De toute évidence, c’est la maladie idéale pour qui veut apprendre à reconnaître les bofs. Florilège des mots à absolument employer si vous voulez savoir comment aider un dépressif.

“Faut que tu te bouges le cul.”

Un grand classique. Qui part de l’idée que la dépression se combat par la volonté. Autrement dit, le dépressif est faible. La dépressive aussi, cela va de soi.

Autre connerie de la même famille, comme on dit dans Mot de Passe de Sabatier sur France 2 : “quand on veut, on peut“.

“Faut arrêter de se regarder le nombril.”

Celle-ci participe de la même logique que la précédente. Oui, le dépressif (ou le déprimé, pour utiliser un terme un peu plus médical) se trouve enfermé dans une bulle et a donc bien du mal dans son contact avec le monde extérieur. Non, ce n’est pas de l’égocentrisme, du narcissisme, du nombrilisme ou de l’onanisme (ami lecteur de moins de 14 ans, je viens de parler ici de masturbation, tu viens d’apprendre ici un mot).

“Tu as tout pour être heureux, je ne comprends pas.”

Mon oncle a chopé le cancer, pourtant il vivait heureux avec une femme magnifique, des enfants surdoués et un boulot qu’il adore. Je ne comprends pas.

“Ça va, c’est la belle vie pour toi !”

Tu fais la grasse matinée tous les jours, on en rêve tous tu sais ? Quelle chance tu as, j’espère que tu en as conscience !

“Tu es tout le temps fatigué alors que tu fous rien !”

Ta cousine finit à la Défense à 21 heures tous les jours et elle est en pleine forme, toi tu es fonctionnaire et chez toi à 18 heures et tu es crevé ! Y a rien qui te semble bizarre, là ?

“Arrête de faire la gueule, c’est chiant pour nous.”

C’est vrai quoi. Camarade, ce n’est pas très juste envers les autres. Rentre vite dans le rang, sinon c’est le goulag. J’en ai parlé à Nathalie Artaud, elle se propose pour aider à ta rééducation.

“Il te faut quoi pour être enthousiaste ?”

Même genre. Putain t’es chiant à faire la gueule.

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“On a tous nos problèmes, Jean-Louis !”

Asséné de préférence sur un ton réprobateur, bien entendu. Perso j’ai perdu mon poisson rouge avant-hier et je fais pas chier tout le monde avec ça, je ne vois pas pourquoi tu viens m’infliger tes états d’âme. Égoïste de merde.

“Ne compte pas sur moi pour te plaindre.”

La personne qui dit ça est généralement persuadé de faire preuve d’une grande intelligence. L’idée est sans doute de faire comprendre au malade qu’il a tout plein de trucs positifs dans sa vie. Le plaindre, ce n’est pas constructif. Ce que l’interlocuteur entend ? “Ne viens pas me gonfler avec ça alors que je t’envie pour plein de raisons”. Donc “tu n’as pas honte de te plaindre, connard ?”. Dans les faits, la personne qui dit ça se tire généralement vite fait et laisse crever le déprimé dans le caniveau. Voir le chapitre bonne conscience pour mieux comprendre. Au moins, elle ne lui a pas fait pipi dessus au passage.

“Je comprends ce que tu vis.”

Ces mots sont à double tranchant. Dans la bouche d’une personne qui a traversé une dépression sévère, ils peuvent être très bénéfiques. En revanche, dans celle d’une autre qui a connu un épisode dépressif relativement léger et passager, cela peut être destructeur. Car les gens qui sont persuadés d’avoir connu la même chose que vous sont souvent les moins tolérants. “Si je m’en suis sorti, y a pas de raison que tu ne t’en sortes pas”. Quelque chose comme ça. Espoir incertain, culpabilité garantie. Et sentiment d’incompréhension un peu plus profond encore.

“Baise ta copine et fais du sport, ça ira mieux”.

Celle-ci est un petit bijou de finesse que l’on m’a rapportée l’année dernière. Après tout, pourquoi pas. Ça a l’air simple et la simplicité c’est le bien. Si tu n’as pas de copine, il te reste l’onanisme (voir plus haut). Si tu n’arrives pas à respirer, bouffé que tu es par l’anxio-dépression, il te reste… un peu de souffle. Forcément, puisque tu es en train de lire ces quelques lignes. Puisqu’on te dit qu’il faut arrêter de te plaindre, c’est indécent à la fin !

“Je ne comprends pas ce qu’il y a de compliqué à faire ça.”

Ben oui, on ne le dit pas assez mais la personne dépressive est très conne : bien souvent, elle ne sait même plus coller un timbre sur une enveloppe pour payer sa dernière facture EDF. Elle est pourtant capable, par ailleurs, de faire preuve de bien plus de finesse intellectuelle  lorsque l’on discute avec elle que de tout ce qui sort de toute une campagne électorale de Jean-Luc Mélenchon.

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Dis-toi que le dépressif non plus ne comprends pas. Mais que ce n’est pas pour autant qu’il y arrive. Pire encore, il ne comprend pas que tu ne comprennes pas (qu’il ne comprenne pas). On se mort la queue, là – aucun rapport avec l’onanisme sus-cité.

Une solution ? Ne pas se poser de question et faire confiance. Si elle n’arrive pas à effectuer un geste qui peut paraître totalement anodin pour l’individu lambda, il ne faut pas chercher à comprendre l’incompréhensible, mais proposer son aide. Ça paraît logique non ? Oui c’est très con, mais je ne suis pas sûr que tout le monde le fasse. Comme quoi…

“Je ne sais pas comment te faire comprendre ça”.

Vous avez répété plusieurs fois à votre ami qu’il doit faire ceci ou cela, mais il ne l’a toujours pas fait. Pourtant, vous sentez bien que ce n’est pas parce qu’il s’en fout (quoique, au fond, vous vous posez tout de même la question en permanence). Vous ne comprenez pas ce qu’il y a de compliqué à faire ça. Vous lui répétez donc qu’il faut le faire. Mais ce con, il capte pas mieux cette fois-ci que la fois précédente. Bien joué : déjà que le dépressif a tendance à avoir une piètre image de lui, autant lui faire savoir qu’il est un tantinet teubé.

“On a un gros problème là !”

Oui, vous êtes allé faire les courses au Carrouf et la caissière a oublié de vous faire la réduction sur le pack de Coca Light. Un gros problème, en effet. Déjà que le dépressif a tendance à voir tout en noir, autant assombrir encore un peu tout ça. Avec un peu de chance, ça va lui filer une bonne bouffée d’angoisse, en plus. C’est toujours ça de pris.

“Elle elle ne risque pas de tomber en dépression, elle est forte, c’est quelqu’un qui a du caractère”

Ben oui quoi. Si tu n’étais pas un gros flanby, tout mou, flasque, sans relief et sans intérêt (sans aspérité, comme on dit dans la pub), tu ne serais pas en dépression. Pov’ merde.

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“Tu ne donnes jamais de nouvelles !”

Quoi de mieux en effet qu’un bon reproche pour aider quelqu’un qui va mal ?

“De toute façon tu auras toujours ta dépression”

Magnifique ! Là on tient une phrase de vainqueur. Celle-ci est parfaite si vous avez un ami dépressif et que vous souhaitez récupérer sa collection de vinyls de John Peel ultra-collector. Il y a de bonnes chances qu’il aille se pendre dès que vous l’aurez quitté. J’imagine que c’est radical. Assurez-vous néanmoins qu’il a bien écrit son testament avant de partir. Cela revient à dire à quelqu’un qui traverse une des pires maladies qui existent qu’il ne guérira jamais. On compare souvent la dépression à un tunnel, ce qui est très juste. Un tunnel dont, bien souvent, on ne voit aucune extrémité. Vous n’avez plus qu’à bétonner les issues et le tour est joué.

 

Comment aider un dépressif alors ? Que faire ? Que dire ?

On entend souvent que la personne dépressive se coupe de son entourage et que c’est mal. On suppose alors, avec facilité, que le dépressif est seul en cause dans ce processus d’isolement social. Mais peut-être le fait-il pour une question de survie, pour se protéger de l’acide que vous jetez sur ces plaies ? La dépression est une maladie (ce n’est pas le cas d’un coup de déprime), une des pires qui existent, elle est terriblement invalidante, c’est comme un trou noir qui vous dévore de l’intérieur. Si vous connaissez quelqu’un qui vit cela, pitié pour elle ou pour lui : n’en rajoutez pas.  Arrêtez d’être con, et votre ami dépressif ne coupera pas les ponts. Bien au contraire, il deviendra un vrai petit chien fidèle.

Les animaux se cachent pour mourir, peut-être parce qu’ils n’ont pas envie de se faire achever par le troupeau.

Après voir lu tout ça, voulez-vous vraiment savoir comment aider un dépressif ? Réfléchissez-y à deux fois. Parce que comme le dit Dider Super, les dépressifs des fois y font chier.

Crédit photo Comment aider un dépressif ? La dépression pour les nuls : Chris O’Connor.

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Je m’apprêtais à écrire un billet sur le récent drame norvégien et cette lamentable paresse intellectuelle qui consiste à étiqueter de “fou” un individu qui commet un atrocité, s’évitant ainsi toute réflexion de fond sur ce qui a pu causer un tel acte. Mais des attaques répétées ces dernières heures ont fini par me faire passer l’envie de faire marcher le cerveau.

Réponses

  1. se qui veux dire que c facile de vivre avec des acouphenes c bien sa en attendant les orl son bien content de nous trouver pour des consultation qui pratique entre 100 et 200 euro au mieux de leur donner notre argent plutot les donner dans la recherche car tant con nous diras quil faut vivre avec et bien personne ne ferras rien surtout nous les concerner il faut faire bouger les choses depuis 1918 sa ne bouge pas du moins très peut c normal chacun d’entre nous souffrons de notre coter mobilisons nous pour faire avancer les choses merci

  2. Tout à fait d’accord avec le paragraphe “ce que tu vis”. Ceux qui ont rencontré un épisode dépressif sont moins tolérant… Bien moins tolérant car ils pensent que toute dépression est identique à la leur et sont sûr qu’avec un peu d’effort on s’en sort facilement, d’ou quelques remarques acerbes parfois.

  3. Bonjour,

    Bravo, court et très réaliste, le vécu de la vue d’un dépressif et tous ces cons autour :p Certes, ils ne le font pas exprès, mais il faut accepter un jour ou l’autre qu’un dépressif est malade, et qu’il n’est pas question de volonté! Et les anciens dépressifs, en effet, sont les pires, ils pensent tout comprendre, qu’une courte dépression ou qu’une baisse de moral est pareille que votre dépression sévère qui suit moults décès, perte d’emplois, d’un toit, d’amis etc c’est toujours sympathique pour aider le/la malade … !

    Bref, tu as bien résumé les choses, avec l’humour dont ce texte avait besoin pour bien passer, çà m’a fais sourire, et tu résume bien la réalité des choses 🙂

    Je me permet de donner ce lien à quelques personnes qui en ont bien besoin 🙂

  4. pas trres intelligent votre message… no l’entoureg ce ne sont pas des cons… mamere est depressive depuis 40 ans et commenc a se soigner… le fait est qu’elle a pourri la vie de tout le monde, de moi de son mari… comment au bout d’un moment la patience de rompt et effectivemenent quand on a tout fait pour l’aider on a aussi envie qu’elle se bouge le cul…. ca la rend mechante…. est ce car elle est malade que nous devonss suporter ses remarques, ses crises et devenir depressifs a notre tour? c’est destructeur pour l’entourage… alors merci pour les commentaires mais expliquez plutot comment aider ce type de personnes… l’entourage souffre aussi….

    1. Ne le prenez pas mal, mais votre commentaire prouve que vous n’avez absolument pas compris les mécanismes de la dépression… Vous dites que votre mère est en dépression depuis 40 ans mais qu’elle vient seulement de commencer à se soigner. Cela veut-il dire que personne n’avait conscience de sa maladie jusqu’à très récemment ?

      Un premier point est qu’effectivement et naturellement, l’entourage d’un dépressif doit absolument se protéger, s’oxygéner, car la dépression est d’une certaine façon une maladie “contagieuse”. Oh, elle ne s’attrape pas en se touchant la main évidemment mais un contact permanent sur une longue durée peut tirer la personne en bonne santé vers le fond. Or, pour apporter de l’aide au malade, il faut qu’elle soit dans la meilleure santé possible.

      Vous voyez, quand vous dites que vous aimeriez bien qu’elle “se bouge le cul”, c’est comme si vous disiez à une personne en fauteuil roulant “hé coco tu arrêtes de faire ta larve, tu te lèves et tu viens nous aider à sortir les courses de la voiture, ok ?”. En étant naturellement en colère contre elle, puisque dans votre tête la personne refuse de se lever. Alors qu’elle ne le peut tout simplement pas, et que ce simple fait est déjà pour elle une grande souffrance. Comprenez-vous à quel point c’est agressif – et insultant – pour le malade ?

      En fait, non seulement la volonté n’est d’aucun secours en matière de dépression mais c’est même pire que ça : les spécialistes s’accordent à dire que les personnes qui ont le plus la volonté de s’en sortir… sont justement celles qui ont le plus de difficultés à guérir ! Je ne vais pas vous expliquer cela en deux lignes, si cela vous intéresse il y a de nombreux livres qui montrent ces mécanismes, comme par exemple “Méditer pour ne plus déprimer. La pleine conscience, une méthode pour vivre mieux.” de Christophe André.

      J’ai d’ailleurs lui et entendu les même stupidités au sujet du Baclofène ces derniers jours. Sur des pages entières, des internautes disent que pour sortir de l’alcoolisme seule la volonté compte, il faut simplement décider d’arrêter de boire. Ces gens n’ont rien compris. Ce sont des propos de comptoir. Non seulement ils sont dans l’erreur, mais en plus ils disent à la personne alcoolique que si elle est malade c’est parce qu’au fond elle le veut bien. Essayez de vous projeter un instant… Réalisez-vous l’horreur d’une telle attitude ?

      Donc pour finir oui évidemment cela peut être destructeur pour l’entourage, je suis le premier à le dire. Et le fait que vous vous souciez de votre mère prouve à quel point elle compte pour vous. Combien de dépressifs se retrouvent rapidement seuls, abandonnés par leur famille et leurs amis – qui estiment là encore dans la quasi-totalité des cas que le dépressif n’a qu’à décider de ne plus être dépressif. Vous êtes encore là après toutes ces années, et votre père aussi, donc je vous tire mon chapeau à tous les deux ! Ce que je vous conseillerais, si c’est possible, ce serait d’aller voir un spécialiste avec elle, ou de votre côté, je ne sais pas. Mais il faudrait que vous puissiez discuter avec un psy sur la durée pour comprendre un peu mieux ce que vit votre mère et évacuer ce qu’elle vous fait subir. Ceci afin de pouvoir vous préserver mais aussi de pouvoir l’aider. Car n’oubliez pas que, quoiqu’elle vous fasse endurer, et je sens bien que c’est très dur, c’est elle qui souffre le plus…

      1. je comprend votre point de vue, le fait est qu’elle a refuse de se soigné auparavant…. elle ne souhaitait pas voir unspecialiste…. honnetement vous penserezcertaineement qu je n’ai rien compris mais c’est dur a digerer pour l’entourage… comment ne pas penser que ne pas vouloir se soigner ce n’est pas aussi ne pas se soucier de son entourage? j’ai essayé d ‘ere comprehensive longtemps, maintenant j’ai deux enfants et ils passent avant….

        1. Je me méfie toujours du “ne veut pas se soigner” et je vais vous dire pourquoi 😉 Lorsque j’ai eu mon traumatisme et que mes symptômes sont apparus, il y avait quelqu’un dans ma société à l’époque qui était venu me voir – quelques mois plus tard en réalité. Cette personne m’a dit en substance “je te comprends parfaitement, quand je vais en vacances en Corse je ne supporte pas le bruit des cigales sur la plage, je veux dire, ça me fait tellement mal que je ne peux pas rester”.

          Elle semblait comprendre néanmoins que ce que je vivais était largement pire, pour être gentil, mais elle m’a dit qu’elle avait été soignée très rapidement par la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) et m’a donné l’adresse de son spécialiste. Le fait est que je suivais déjà une autre piste à ce moment là – psy et/ou dentiste, je ne suis plus sûr de la date exacte – et que si l’on veut guérir il ne faut pas tout faire en même temps. Et puis, bien des gens m’avaient conseillé bien des pistes, ce n’était donc qu’une parmi d’autres… J’ai gardé le papier dans mon tiroir. Quelques semaines plus tard, je l’ai recroisée. Elle était toute étonnée que je ne sois pas complètement guéri. Lorsque je lui ai dit que je n’avais pas encore contacté son spécialiste PNL, elle n’a pas eu l’air de comprendre.

          Peu de temps après, elle a dit à quelqu’un que je connaissais que je refusais de me soigner – et que donc je me complaisais dans ma situation. Puisque de son point de vue elle détenait la solution. Elle était même en colère contre moi et elle a dit en gros que c’était bien fait pour moi si je souffrais beaucoup puisque je ne voulais pas me prendre en main. Bref.

          Je ne dis absolument par que c’est votre cas, mais juste que vu de l’extérieur – même si vous n’êtes pas totalement à l’extérieur – c’est toujours plus facile de se dire que la personne ne veut pas guérir. Ceci dit évidemment si elle est malade depuis 40 ans et ne veut voir AUCUN médecin, autrement dit si elle vit dans le déni le plus complet, vous ne pouvez pas lui ouvrir les yeux à sa place, j’en ai peur…

          Je comprends que désormais vos enfants passent avant et je vous l’ai dit, je vous tire mon chapeau parce qu’on sent vraiment que vous vous êtes plus que souciée de votre mère… Peut-être pourriez-vous lui écrire une lettre, sans lui reprocher quoi que ce soit, mais pour essayer un petit électrochoc, qu’elle comprenne peut-être qu’elle est malade et qu’elle fait souffrir les gens qui l’aiment. Sans pour autant qu’elle prenne cela comme une reproche. Pas facile, en effet…

          1. il est sur que l’histoire de chacun lui est propre et c’est difficle a expliquer en quelques lignes. Meme si les mots de votre article, je vous l’avoue m’ont choquee car l’entourage, meme si il est maladroit, essaye d’aider , cela m’a ouveert les yeux sur beaucoup de choses.j’ai compris que certains comportements sont dus a la maladieet pas a de la mauvaise volonte…. donc je vous remercie 🙂

          2. Je crois qu’il ne faut pas généraliser. Il y a certains entourages qui essaient d’aider, c’est votre cas et ça force le respect, mais il y en a aussi qui n’essaient même pas…

            Pour avoir traversé un épisode comme ça, je peux témoigner comme toutes les autres personnes qui l’ont également vécu : il y a de tout.

            Des gens que l’on connaissait depuis des années, que l’on pensait être des amis, que l’on avait parfois soutenu, aidé, hébergé ou autre, et qui fuient dans la seconde où le problème apparaît. Parce qu’ils ne savent pas quoi dire aux gens qui vont mal, par exemple. Ou qu’ils ont autre chose à foutre. On ne vit qu’une fois après tout.

            D’autres qui, volontairement ou non, par manque d’intelligence et/ou par mauvais esprit, te mettent la tête sous l’eau et appuient très fort. Ou qui restent sur le quai en te regardant te noyer, soit en regardant ailleurs, soit en continuant de te parler comme si tout était normal, soit en rigolant même…

            Certains qui sont vaguement là au tout début mais qui après quelques semaines ou quelques mois disparaissent définitivement. Oui qui changent d’attitude, parce que si tu ne vas pas mieux au bout de quelques mois, c’est que tu ne veux pas guérir, donc c’est ta faute.

            D’autres enfin qui veillent à ne jamais parler de tes problèmes, parce qu’il y a plus malheureux que toi, ou encore parce que “tout le monde a ses problèmes”, donc c’est indécent d’en parler etc. Et qui, lorsqu’ils te demandent si tu vas bien, ne veulent pas entendre la réponse. Si tu leur dis la vérité, ils réessaient une fois ou deux, puis ils disparaissent. Ben oui, c’est mal élevé de ne pas répondre “ça va merci, et toi ?”.

            Ou encore ceux qui considèrent que tu n’as qu’à faire un effort et accepter ce qui t’arrive, et qui te le disent avec le sourire. Et si tu y arrives pas, il y a les psys pour ça, et remboursés par la sécu hein.

            La liste est interminable. Et encore, personnellement j’ai eu de la chance ! J’ai croisé pas mal de personnes au cours de ces années qui se sont retrouvés seuls ! Ce qui est loin d’être mon cas 🙂 Mais oui effectivement, par la force des choses, le tri se fait.

            D’une manière générale, j’ai constaté que ce sont les plus grands donneurs de leçons, du genre “il faut aider les personnes qui en ont besoin”, “il ne faut pas être égoïste”, “je suis fier de payer des impôts parce que ça aide les nécessiteux”, “je suis indigné”, “la guerre c’est horrible”, “tu trouves ça normal qu’il y ait des gens qui meurent de faim ?”, “je suis de gôôôche depuis toujours Môôôssieur et j’ai des valeurs, moi” etc. qui te laissent crever sans aucun scrupule le jour où quelque chose de grave te tombe sur la tête. Cela m’a énormément intrigué et, je l’avoue, m’intrigue encore.

            Mais au fond, c’est un peu comme cette fois où, enfant, j’étais à la messe – je suis agnostique mais issu d’une famille catholique non pratiquante, c’était une messe de Pâques probablement, je ne me souviens plus. Je voyais une femme non loin de moi qui semblait complètement exaltée. Le curé disait qu’il fallait prendre soin de son prochain, etc., les trucs habituels. Elle était à fond 🙂 Puis ça s’est terminé et nous sommes sortis de l’église. Et là, je l’ai vue insulter, littéralement, un clochard qui faisait la manche, totalement pacifiquement. Elle lui a demandé de partir sur le champ. Il gâchait la fête, j’imagine.

            Cela peut paraître paradoxal mais au fond je pense que ça ne l’est pas du tout, et que c’est même le contraire… J’ai constaté la même chose chez pas mal de personnes qui tiennent de “beaux discours” à longueur de temps mais qui, si quelqu’un qu’elles connaissent va mal, au mieux le laissent se débrouiller, au pire lui intiment de garder ses problèmes pour lui. L’individu ne les intéresse pas. Il est quantité négligeable.

            Je crois que je continuerai néanmoins de m’interroger sur ces mécanismes pendant longtemps. Une chose est sûre : les paroles sont du vent, seuls les actes comptent. Et j’ai au moins appris à me méfier de ces “beaux parleurs”.

            En tout cas, j’imagine que j’ai voulu choquer pour faire réfléchir, je ne me souviens plus vraiment mais on dirait bien ! Et du coup vos mots me touchent énormément. Donc c’est moi qui vous remercie – et aussi d’avoir pris le temps de commenter et de ne pas céder à la faciliter en me rangeant dans la case “enfoiré” au bout de quelques secondes 😉

            En effet, par exemple, la dépression peut vous faire voire quelque chose de complètement anodin comme une catastrophe atomique. C’est un problème de fonctionnement du cerveau, rien à voir avec la volonté là encore… Mais il faut au moins que le malade ait conscience de cela… pour qu’il puisse prendre un peu de distance, même si c’est très dur… Mais s’il en a conscience et qu’il voit que son entourage non seulement ne le comprend pas mais le lui reproche, il ne se sent pas aidé mais enfoncé… Ce qui est encore plus dur et peut, en effet, rendre agressif.

  5. Je vis ce problème avec quelqu’un de mon entourage très proche. C’est vraiment l’enfer et ma patience tend à se tarir au fil des jours, Les pleurs, le nombrilisme, l’accaparement des espaces collectifs comme le lit me sont de plus en plus insuportables. C’est rigolo tout de même comme on voit se dessiner deux tribus rivales : Celle des handicapés et celle des infirmiers à domicile. C’est la guerre ouverte. Le problème vient peut être de là ? Enfin bref, en tant qu’infirmier je peux vous dire que la phrase “mais tu vas te bouger bordel ?” m’est souvent arrivée aux lèvres, avec aussi “t’as vu la chance que tu as d’être prise en charge par tes congénères”, sympa pour ce qui est de l’intendance, mais trop cons pour comprendre les soucis stratosphériques d’une créature supérieure que personne comprend…

    1. Que répondre…

      Diriez-vous à un tétraplégique “mais tu vas te lever de ton fauteuil oui ??? Il n’y a pas de raison que tu sois le seul à rester assis pendant que nous on se démène comme des malades ! Bouge toi et plus vite que ça, feignasse !” ?

      Il ne s’agit pas d’être supérieur ou inférieur, mais simplement de comprendre que vous êtes en présence d’une maladie. Celle-ci est d’autant plus difficile à appréhender qu’elle est invisible et qu’elle touche le cerveau – au sujet duquel la médecine, soyons lucides, ne connaît à ce jour encore pratiquement rien.

      J’ai pu observer que bien souvent les personnes qui n’ont jamais eu de dépression n’y comprennent rien, car ils se “réfugient” derrière l’idée du “je contrôle ma vie, c’est ma volonté qui décide de tout”. C’est une vision infiniment rassurante, car on pense qu’on est (seul) maître à bord, mais c’est une représentation illusoire, tout simplement fausse disons-le.

      Mais j’ai également observé que les personnes qui ont subi une dépression sont le plus souvent incapables de comprendre toute dépression plus lourde que ce qu’elles ont elles-mêmes vécu. Comme si elles avaient expérimenté le pire qu’il soit possible d’imaginer. A mon humble avis c’est une sorte de mécanisme de défense psy, car la personne se reconstruit en se disant qu’elle a connu le pire et qu’elle s’en est sortie, qu’elle ne pourra donc jamais vivre quelque chose de plus lourd, et que si la dépression survient encore elle pourra y faire face de la même façon. Mais ce qui en découle aussi c’est que parfois certains ex-dépressifs sont encore moins capables de “comprendre” la dépression, en tout cas lorsqu’ils sont face à une dépression plus lourde que celle qu’ils ont affrontée. Et, du coup, peuvent avoir tendance à se montrer durs, voire cruels, avec le malade, au motif qu’eux ont vécu “la même chose” et l’ont surmonté. Surtout que bien souvent ils ont réécrit l’histoire en s’imaginant qu’ils ont vaincu la dépression grâce à leur volonté – erreur commune mais lourde de conséquences pour les malades.

      A mon avis vous devez prendre un peu l’air, car en étant affecté de la sorte, ce qui se comprend parfaitement, j’imagine que vous ne rendez pas service à cette personne, qui se bat contre la maladie du mieux qu’elle peut, en la faisant culpabiliser et en la renvoyant à la difficulté voire l’impossibilité de “se bouger” qu’elle vit actuellement. Croyez bien qu’elle en a conscience, au moins en partie, et qu’elle aimerait que ce soit différent, qu’elle rêve d’avoir la chance de pouvoir enfin se bouger à nouveau, même si elle imagine sans doute, au moins par moments, qu’elle ne le pourra plus jamais.

      Cette personne de votre entourage est-elle suivie par un psy ? En espérant pour elle qu’elle ne tombe pas sur un psy qui n’y comprenne rien lui non plus à la dépression – cela existe malheureusement et au fond cela n’est pas très surprenant, pour les raisons que j’ai présentées précédemment…

  6. Un article intéressant sur la dépression, qui évoque également l’hypersensibilité auditive.

    Tremblements. Angoisses. Paniques. Vertiges. Sudations. Migraines. Douleurs thoraciques. Respiration rapide. Tachycardie. Fatigue morale. Psychique. Physique. Hypersensibilité au bruit. A la lumière.

    L’homme politique Renaud Gautier et le journaliste Grégoire Barbey évoquent la dépression. Leur dépression.