Circuit Paul Ricard du Castellet : j’ai survĂ©cu aux World Series by Renault

World Series by Renault 2013

Ce week-end je me suis rendu au Castellet pour assister aux World Series by Renault qui se dĂ©roulaient sur le circuit Paul Ricard. Avec un peu d’apprĂ©hension pour mes oreilles, Ă©videmment.

Circuit Paul Ricard du Castellet : les oreilles Ă  vif ?

Certains vont penser que je suis fou, mais rassurez-vous, je vais trĂšs bien 😉 C’est bien Ă©quipĂ© de mes bouchons d’oreille et armĂ© de mon dĂ©cibel-mĂštre de poche que je me suis dirigĂ© vers le Castellet et son magnifique circuit qui m’a tant fait rĂȘver lorsque les Grands Prix de Formule 1 s’y dĂ©roulaient encore.

Une course au Castellet (nettement) moins dangereuse qu’une soirĂ©e en discothĂšque !

Je ne vais pas entretenir le suspense plus longtemps. La plus grande surprise tient au niveau sonore observé.

J’ai mesurĂ© le son Ă  de multiples reprises. Il n’a jamais atteint les 90 dB. En fait, le maximum que j’ai pu relever a Ă©tĂ© de 87 dB.

Stupeur, donc : le son que l’on assĂšne aux spectateurs dans une salle de spectacle, qui dĂ©passe rĂ©guliĂšrement – et souvent de beaucoup – les 100 dB, est donc trĂšs largement supĂ©rieur Ă  celui qui est captĂ© au bord de la piste du circuit Paul Ricard du Castellet durant les World Series by Renault.

Temps d’exposition maximal avant lĂ©sion de l’oreille interne

Bien entendu, la durĂ©e d’exposition est une facteur important : passer une journĂ©e entiĂšre au bord de la piste du circuit Paul Ricard du Castellet n’est de toute Ă©vidence pas recommandĂ©.

Mais tout de mĂȘme, ça laisse songeur.

J’entends encore aujourd’hui, plus de dix ans aprĂšs avoir subi mon traumatisme auditif au CafĂ© de la danse Ă  Paris, que si cela m’est arrivĂ© c’est que j’avais de toute une Ă©vidence un fragilitĂ© / prĂ©disposition gĂ©nĂ©tique. J’ai beau expliquer Ă  ces personnes que les traumatismes sonores sont extrĂȘmement frĂ©quents, et que j’ai Ă©tĂ© exposĂ© Ă  des niveaux dangereux Ă  des dizaines de reprises avant le jour fatidique, ce qui a tendrait plutĂŽt Ă  montrer que je disposais d’une rĂ©sistance supĂ©rieure Ă  la normale, rien n’y fait : elles n’arrivent pas Ă  envisager le danger auquel elles s’exposent parfois chaque week-end,

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Tout simplement car on ne leur en parle jamais.

A toutes fins utiles, je me permets de rappeler qu’aux alentours de 105 dB, pression acoustique Ă  laquelle j’ai Ă©tĂ© exposĂ© – avec des pointes lĂ©gĂšrement supĂ©rieures – durant le concert en question, un ĂȘtre humain normal qui dispose d’une oreille normale subit des lĂ©sions aprĂšs une durĂ©e d’exposition de 5 minutes maximum.

Avec le niveau sonore que j’ai mesurĂ© sur le circuit Paul Ricard du Castellet, la durĂ©e d’exposition maximale avant lĂ©sion monte Ă  environ 4 heures. Une sacrĂ©e diffĂ©rence tout de mĂȘme, non ? Je suis pourtant prĂȘt Ă  parier que si l’on effectue une enquĂȘte dans la rue, bien plus de gens ont conscience d’un danger lorsqu’ils assistent Ă  une course sur le circuit du Castellet ou autre que lorsqu’il se rendent Ă  un concert ou en discothĂšque.

Rappel : à 105dB, au bout de 5 minutes maximum, des cellules de votre oreille interne sont endommagées. Parfois irrémédiablement.

Cela me fait penser Ă  un sujet que j’ai vu il y a quelques jours sur un type qui habite sur une pĂ©niche, non loin d’une cĂ©lĂšbre discothĂšque parisienne. Sur le pont de son bateau, les soirs de « fĂȘte », il mesure Ă©galement environ 105dB. A combien le public est-il donc exposĂ© Ă  l’intĂ©rieur de la salle ? Rappelons ici que la loi française, qui n’est aucunement une loi de santĂ© publique mais une simple loi de protection du voisinage, autorise Ă  l’intĂ©rieur de la salle au maximum 105 dB en moyenne et 120 dB en pointe. A 120 dB, votre oreille commence Ă  ĂȘtre dĂ©truite – littĂ©ralement – au bout d’une dizaine de secondes.

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Temps d’exposition maximal au bruit avant lĂ©sion des cellules de l’oreille interne

Source : Exposition au bruit – Audition Grenier

Une mesure des décibels au Castellet approximative, mais un ordre de grandeur significatif

Bien entendu, une telle application ne donne qu’un rĂ©sultat approximatif, car elle n’est pas calibrĂ©e et ses rĂ©cepteurs ne sont pas d’une qualitĂ© extrĂȘme. NĂ©anmoins, l’ordre de grandeur est respectĂ©. Or cette mĂȘme application m’a indiquĂ© rĂ©cemment des valeurs trĂšs supĂ©rieures dans le cadre de la diffusion de musique amplifiĂ©e.

C’Ă©tait Ă©galement le cas au cinĂ©ma, certes dans des proportions moindres, notamment lorsque je suis allĂ© voir le dernier Superman. Le niveau sonore Ă©tait ce jour lĂ  particuliĂšrement Ă©levĂ© et m’a forcĂ© Ă  mettre mes bouchons, ne pouvant ĂȘtre certain que je ne courais aucun risque.

Signalons enfin que le niveau sonore seul ne suffit pas Ă  Ă©valuer le danger. Bien d’autres paramĂštres entrent en ligne de compte – par exemple, les sons aigus sont bien plus dangereux que les sons graves.

Ni prĂ©vention ni vendeur de bouchons d’oreilles sur le circuit Paul Ricard

Au fond, ce qui m’a surpris Ă©galement c’est qu’absolument aucune prĂ©vention n’Ă©tait visible au Castellet. Il y avait quantitĂ© de messages pour inviter les spectateurs Ă  ne pas s’engager sur la piste, Ă  regarder autour d’eux lorsqu’ils circulaient dans les allĂ©es, etc.

Quelqu’un m’avait expliquĂ© que les vendeurs de bouchons d’oreille Ă©taient trĂšs nombreux sur le Grand Prix de Formule 1 de Monaco, ce que je n’ai pas pu vĂ©rifier puisque je n’y ai malheureusement jamais assistĂ©. Mais sur le circuit Paul Ricard du Castellet, dans le cadre d’un tel Ă©vĂ©nement, il n’y avait absolument rien.

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J’ai pu observer autour de moi, durant les sessions de courses, qu’environ 10% des gens – grossiĂšre estimation de part – portaient des bouchons d’oreilles. On comptait Ă©galement quelques rares personnes Ă©quipĂ©es d’un casque anti-bruit. Peut-ĂȘtre des habituĂ©s.

Parmi ces 10%, certains les conservaient d’ailleurs mĂȘme loin des pistes, oĂč le sont tournait autour de 75 Ă  80 dB.

Mais j’ai surtout vu des enfants en bas Ăąge se promener au bord de la piste sans aucune protection. La plupart souffraient de toute Ă©vidence beaucoup du bruit et se plaquaient donc les mails sur les oreilles. Un geste qui les a peut-ĂȘtre sauvĂ© d’un lourd handicap. Mais il est Ă©vident que leurs parents n’avaient absolument pas conscience du danger. Par ailleurs, certains enfants semblaient ne pas du tout ĂȘtre incommodĂ©s. Ceux-lĂ  ont peut-ĂȘtre subi des dĂ©gĂąts.

Des bouchons d'oreille sur le circuit Paul Ricard du Castellet

Notons pour finir que les seuls qui étaient bien protégés, naturellement, sont ceux qui travaillaient sur le circuit Paul Ricard.

Il serait intĂ©ressant que les organisateurs de grands Ă©vĂ©nements tels que ces World Series by Renault, qui peuvent se rĂ©vĂ©ler dangereux pour le public, mette en avant un minimum d’information sur le sujet. Mais sur le circuit Paul Ricard comme ailleurs en France, la prĂ©occupation centrale semble ĂȘtre de se protĂ©ger d’une Ă©ventuelle action en justice. LĂ  encore, l’absence totale de mention quant au risque de lĂ©sion de l’oreille interne est rĂ©vĂ©latrice.

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GuĂ©ri des acouphĂšnes : tĂ©moignage. Mes antĂ©cĂ©dents avec les acouphĂšnes. Avant de vous raconter mes traumatismes sonores d’il y a un an, je tenais Ă  prĂ©ciser que par le passĂ© j’avais dĂ©jĂ  Ă©tĂ© confrontĂ© aux acouphĂšnes, il y a 6 ans. A l’époque j’écoutais toujours la musique trĂšs forte.

RĂ©ponses

  1. Monsieur,

    Pour rĂ©agir Ă  votre article, je vous informe que Renault a distribuĂ© gratuitement durant cet Ă©vĂ©nement des bouchons d’oreilles verts Ă  prĂšs de 10 000 personnes. Des bouchons et des casques pour adultes et enfants Ă©taient Ă©galement en vente au Grand Prix Hall, Ă  la boutique du Circuit et au comptoir d’accueil du bĂątiment course.

    Pour les prochains Ă©vĂ©nements publics, le Circuit Paul Ricard mettra en place des panneaux pour informer du danger et orienter les spectateurs vers les points de vente ou de distribution des bouchons d’oreilles et casques.

    Je vous propose de vous inviter sur un prochain événement afin de vous présenter les mesures acoustiques permanentes réalisées sur le site.

    Si vous souhaitez prendre contact avec le circuit, voici mon email : [mail supprimé pour lui éviter le spam]

    Cordialement,

    Magali Bernard
    Chargée de communication
    Circuit Paul Ricard

    1. Bonjour Madame Bernard,

      Un grand merci pour votre rĂ©ponse. J’avoue ĂȘtre surpris de ne pas avoir vu ce dont vous parlez, mais c’est justement ça qui est intĂ©ressant, surtout pour l’homme de pub / communication que je suis 🙂 Je n’Ă©tais lĂ  que dimanche et j’avais pris mes propres bouchons. Ma compagne non plus n’a rien vu. Ceci dit, j’ai effectivement remarquĂ© qu’une bonne partie des personnes qui portaient des bouchons d’oreille avaient des bouchons verts. Sur le coup cela m’a un peu intriguĂ©… Pas plus que ça, car les miens Ă©taient verts Ă©galement… Mais maintenant je comprends mieux !

      Effectivement, des panneaux situĂ©s Ă  des emplacements stratĂ©gies ainsi qu’une mention sur les prospectus permettraient sans nul doute de toucher une grande majoritĂ© des spectateurs.

      J’avais Ă©crit un article ici-mĂȘme, il y a quelques mois, pour mettre en garde le public au sujet des dangers liĂ©s Ă  une manifestation (rien Ă  voir avec le sport automobile). Plus exactement, c’Ă©tait une copie d’un commentaire que j’avais lu sur un autre site, Ă©tant donnĂ© que je n’avais pas assistĂ© Ă  ladite manifestation, qui montrait clairement qu’un danger existait. Pour toute rĂ©ponse de la part des organisateurs… Bref, j’ai Ă©tĂ© obligĂ© de bloquer l’accĂšs Ă  cet article. J’apprĂ©cie d’autant plus votre rĂ©ponse qui montre, elle, un grand respect de votre public. Les initiatives que vous mentionnez, qu’il s’agisse de celles que vous avez dĂ©jĂ  prises ou que vous envisagez, le confirment.

      Je vous contacte en privé.

      Cordialement.

  2. les personnes qui assiste a ce genre de competitions assumes les problemes de bruits.alors ne pas y aller.je suis le president d un club d athletisme et je vais souvent a des competitions en salle ou l on a 200 a 300 enfants,c est pas toujours facile pour moi mais j assume meme si le soir j ai un gros probleme,oreille bouche et sifflement.j aime ce que je fais et je ne vais pas accuser les responsables de la competitions du bruit.il faut aussi assumer ce que l on fait.
    j attend vos commentaires.salutations.michel

    1. Le moins que l’on puisse dire est que vos propos manquent de rĂ©flexion. Pour faire court : on ne peut Ă©videmment parler d’assumer quelque chose que lorsque l’on a un minimum conscience de ce que ça implique.

      Pour ma part, j’ai toujours Ă©tĂ© de nature trĂšs prudente, mĂȘme lorsque j’Ă©tais enfant. Quand j’ai commencĂ© Ă  assister Ă  des concerts, je n’ai pourtant jamais portĂ© de bouchon. Vous allez me dire que j’ai pris des risques sans assumer (certains me l’ont dit) ? Vous avez tort. Je n’avais simplement aucune connaissance du danger. Porter des bouchons en concert m’aurait sembler aussi absurde que de porter des lunettes de soleil au cinĂ©ma.

      Je l’ai dĂ©jĂ  expliquĂ© des dizaines, des centaines de fois. J’Ă©tais au courant des dangers liĂ©s Ă  l’Ă©coute d’un baladeur, du coup je n’Ă©coutais quasiment jamais de musique au casque et, si c’Ă©tait le cas, toujours Ă  faible volume. NĂ©anmoins, je pensais que les risques se rĂ©sumaient Ă  une baisse progressive de l’audition au fil des ans, pas Ă  un terrible handicap qui pouvait intervenir en quelques minutes. J’avais lu un article quand j’Ă©tais enfant dans Sciences & Vie Junior qui disait trĂšs clairement, dessin Ă  l’appui, qu’en-dessous de 120dB il n’y avait aucun danger. Je n’avais donc aucune raison de penser une seule seconde qu’il y avait le moindre danger.

      Si demain vous allez au cinĂ©ma, que vous devenez subitement aveugle au bout d’un heure de film, et que vous rencontrez le lendemain un aveugle qui vous dit que ça lui est arrivĂ© comme ça et qu’il suffisait de porter des lunettes de soleil pour l’Ă©viter, je vais venir vous dire que vous Ă©tiez au courant et qu’il faut assumer ? Allons. Ouvrez les yeux – c’est le cas de le dire 😉

      Bref, quand vous dites que les personnes qui assistent Ă  ce genre de compĂ©titions assument les risques, ce n’est pas trĂšs « fin ». Celles qui sont au courant des risques, effectivement, elles font un choix : elles se protĂšgent ou non. Mais celles qui ne le sont pas ? Comment pourraient-elles assumer quelque chose donc elles ignorent tout ? Avez-vous conscience que mĂȘme parmi les personnes qui portent des bouchons lors d’un tel Ă©vĂ©nement certaines le font par simple confort, parce qu’elles trouvent le bruit dĂ©sagrĂ©able, et non par conscience du danger ? Et leurs enfants ? Autrement dit, votre discours est totalement irresponsable. Cette fois-ci j’y suis allĂ© en connaissance de cause, donc je me suis protĂ©gĂ©. Et encore… Mon article a pour but de montrer que le risque, bien moins Ă©levĂ© que lors d’une simple soirĂ©e en discothĂšque ou en concert, est pourtant bien plus connu. Vous allez me dire que les personnes qui vont en discothĂšque ou en concert assument les problĂšmes de bruits et qu’elles n’ont donc qu’Ă  pas Ă  y aller ?

      Dans votre cas, vous avez conscience des consĂ©quences, vous les assumez. Encore heureux, c’est la moindre des choses ! Effectivement, vous prenez des risques en totale connaissance. Lorsque vous me dites que le soir vous avez l’oreille bouchĂ©e et des sifflements, je pense que vous ĂȘtes inconscient, mais cela ne regarde que vous. Effectivement, ne venez pas vous plaindre s’il vous arrive malheur. Si demain je vais dans un stade de foot assister Ă  un match et que je porte pas de bouchon, je prends un risque en conscience, donc j’assume effectivement ce qui peut m’arriver. En revanche, pour poursuivre dans cette piste, j’ai connu un supporter du FC Nantes qui a eu son audition endommagĂ©e lors d’un match Ă  Guingamp : le club avait orientĂ© les enceintes vers les supporteurs adverses et avait poussĂ© le son Ă  fond pour couvrir leurs chants. Il a eu de la chance de ne pas subir un traumatisme trop violent mais vous allez lui rĂ©pondre qu’il n’a pas Ă  accuser les responsables du bruit ? Qu’il n’a qu’Ă  assumer ?

      LĂ  je prends un exemple de son qui n’est pas simplement « subi », qui est le mĂȘme que celui d’une salle de spectacle avec de la musique amplifiĂ©e : les organisateurs choisissent l’intensitĂ© sonore Ă  laquelle ils vont exposer le public (et lesdits organisateurs sont gĂ©nĂ©ralement, eux, au courant des risques, contrairement Ă  leur public). Dans le cas d’une course automobile, ou de 200 Ă  300 enfants qui hurlent, ce n’est Ă©videmment pas la mĂȘme chose. Mais cela ne dispense pas de prendre ses responsabilitĂ©s. Heureusement que les personnes du Circuit Paul Ricard (cf le commentaire de Magali Bernard) ne tiennent pas le mĂȘme raisonnement que vous !

      J’espĂšre qu’en me lisant vous avez compris que ce que vous dĂźtes ne tient pas debout…