Lunes de fiel

Simon n’entendait plus du tout le martèlement de la rĂ©sonance magnĂ©tique : il s’envola avec eux dans les hauteurs de la musique parfois si près de la folie, il goĂ»te chaque son de l’orchestre, chaque note des chanteurs, Leonie Rysanek, pas toujours juste mais si bouleversante, George London qui rĂ©ussissait Ă  rendre l’angoisse de son personnage en lignes mĂ©lodiques parfaitement exĂ©cutĂ©es ; il resta suspendu avec eux, Ă  la fin du duo, il s’attendit presque Ă  partager avec Leonie, avec George l’ovation qui allait suivre. Des larmes coulaient aux coins de ses yeux.

Puis, tout Ă  coup, une main toucha la sienne.

On l’avait retirĂ© de la machine sans qu’il s’en aperçoive.

“Vous pleurez ? Vous avez eu si peur que ça… Faites-vous en pas avec ça, vous ĂŞtes pas le seul… T’nez, un Kleenex… Vous pouvez vous relever, c’est terminĂ©.”

Le souffle d’une porte qu’on retient pour ne pas faire de bruit. Une voix dans un micro.

“Le docteur va recevoir les rĂ©sultats vendredi matin.”

Simon se moucha.

L’acouphène Ă©tait revenu, plus prĂ©sent que jamais, peut-ĂŞtre parce qu’il Ă©tait si diffĂ©rent du martèlement qu’on lui avait infligĂ© depuis trois quarts d’heure.

Puis il se rendit compte qu’il ne pleurait pas parce que le duo qu’il venait d’essayer de reconstituer dans sa tĂŞte avait Ă©tĂ© une rĂ©ussite, mais parce qu’il venait de commencer Ă  vivre son deuil de la musique.

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