J’ai plus envie : désabusé de tout. Et de rien.

Vivre et laisser mourir

 

J’ai plus envie…

Je m’apprêtais à écrire un billet sur le récent drame norvégien et cette lamentable paresse intellectuelle qui consiste à étiqueter de “fou” un individu qui commet un atrocité, s’évitant ainsi toute réflexion de fond sur ce qui a pu causer un tel acte. Mais des attaques répétées ces dernières heures ont fini par me faire passer l’envie de faire marcher le cerveau.

J’ai plus envie de supporter l’incapacité de certains à comprendre ce qu’on leur explique, calmement, depuis des semaines, des mois, des années. Et voir que le tout tombe dans l’oreille de sourds.

J’ai plus envie de voir ces donneurs de leçon qui clament à tout bout de champ leur attachement à de grands principes et glissent leur bulletin d’extrême gauche dans l’urne en frétillant de la queue me faire subitement la gueule parce que, voyez-vous, je suis coupable. Coupable d’avoir un problème de santé.

J’ai plus envie qu’on me reproche d’être honnête et de ne pas cacher lesdits problèmes de santé.

J’ai plus envie de cette vulgaire indifférence et de cette habitude qu’ont certains de n’aider, ne serait-ce que par quelques mots, que lorsqu’ils en ressentent l’obligation. Le marketing par la culpabilisation a de beaux jours devant lui.

J’ai plus envie de voir des gens brailler leurs si terribles problèmes alors qu’eux vont se blottir calmement, le soir, tous les soirs, dans le silence délicat et douillet de leur petit nid.

J’ai plus envie de faire semblant d’aller bien quand j’ai un mal de crâne à me tirer une balle dans la seconde.

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J’ai plus envie de répondre “ça va bien, et toi ?” quand on me demande de mes nouvelles sans avoir envie d’en avoir.

J’ai plus envie de me prendre des remarques quant à mon manque d’ “entrain” et d’entendre que, pourtant, j’ai “tout pour être heureux”.

J’ai plus envie de passer mon temps à oeuvrer pour l’intérêt général et qu’on me reproche de ne pas assez oeuvrer pour mon intérêt particulier.

J’ai plus envie d’être le gentil de service et d’arrondir les angles à longueur de temps, quand les “gens qui vont bien”, du moins quelques-uns, s’agitent et s’excitent pour un rien.

J’ai plus envie qu’on fasse comme si tout était normal.

J’ai plus envie qu’on me mette sur le dos tous les problèmes du monde alors que je suis bien incapable d’en être partie prenante.

J’ai plus envie de voir certains foncer droit dans le mur et me reprocher de  ne pas appuyer en même temps qu’eux sur l’accélérateur, plutôt que d’essayer de tourner le volant.

J’ai plus envie d’entendre ces ORL affirmer que les acouphènes ne gênent pas plus de 5% des gens et des supporter leurs complaintes lorsque leur voisin met la musique un peu fort, parce que ça les stresse et les empêche de dormir. Et hop, de remplacer son double-vitrage par du triple-vitrage.

J’ai plus envie de sentir l’angoisse me bouffer le corps et de toujours garder ça pour moi.

J’ai plus envie qu’on me rabatte les oreilles avec un “t’as plus de bouteille que les autres” qui ne veut rien dire d’autre qu’un “démerde toi”.

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J’ai plus envie qu’on m’accuse d’attaquer (!) des artistes (sacrilège !) quand je mets simplement en garde contre les conséquences dramatiques que peuvent entraîner leurs spectacles chez des spectateurs qui ignorent tout des risques encourus.

J’ai plus envie qu’on me répète des choses dont je sais déjà tout et qu’on pense qu’il suffit de les dire plus souvent et plus fort pour obtenir un résultat. Je n’ai pas besoin d’un joueur de tambour pour savoir qu’il faut ramer en rythme. Le tambour, ça me donne mal au crâne.

J’ai plus envie.

Mais ça va revenir.

Peut-être.

 

Texte modestement inspiré par le “J’ai plus envie…” de Philippe Carrese. Avec un léger clin d’oeil à Chateaubriand sur le dessus.

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