TPE sur le risque auditif relatif au bruit excessif : interview

“Et si les bruits et les sons d’aujourd’hui nous rendaient sourd demain ?” (Travaux Personnels EncadrĂ©s)

J’ai reçu il y a quelques semaines la demande suivante de la part d’une lycĂ©enne, dans le cadre d’un TPE :

Monsieur Matignon,

Je me permet de vous écrire car deux de mes camarades et moi même souhaiterions vous interviewer dans le cadre de notre TPE (Travaux Personnels Encadrés).
Nous sommes Ă©lèves de Première Scientifique au lycĂ©e HENRI IV dans le 5e arrondissement de Paris et travaillons sur le sujet: “Et si les bruits et les sons d’aujourd’hui nous rendaient sourd demain ?”

Votre site internet a Ă©tĂ© une source d’information prĂ©cieuse Ă  nos travaux. (J’ai pour ma part, particulièrement apprĂ©ciĂ© la lecture de vos articles, notamment “Pourquoi Oreille Malade ?”)
J’avais donc dans l’espoir que vous accepteriez un entretien avec nous afin de nous faire bĂ©nĂ©ficier de votre expĂ©rience.

Avec leur accord, j’ai choisi de publier ici-mĂŞme les rĂ©ponses suivantes :

Je sais que vous répondez à la plupart de ces questions sur votre site internet, mais notre interview apparaitra dans notre rapport et nous partirons alors du principe que les lecteurs sont tout à fait ignorants.
De plus, pour pouvoir prĂ©senter les choses correctement, il est toujours utile d’avoir des citations prĂ©cises .

Voici les questions:

– Que faites vous dans la vie ? Votre activitĂ© a t elle un lien quelconque avec l’industrie du son ?

Je travaille dans le monde de la communication depuis plus de dix ans. J’ai essentiellement Ă©voluĂ© dans la communication sur internet. Je suis actuellement directeur de clientèle et concepteur-rĂ©dacteur dans une agence de communication globale (off et online).
Mon activitĂ© n’a aucun rapport avec l’industrie du son.

– Par le passĂ©, diriez vous que votre comportement vis Ă  vis de votre audition Ă©tait abusif, trop insouciant ? (A quelle frĂ©quence Ă©coutiez de la musique, Ă©tait ce Ă  la puissance maximum, alliez vous rĂ©gulièrement Ă  des concerts, en boite de nuit, restiez vous près des sonos etc…)

Je suis depuis mon adolescence un passionnĂ© de tout ce qui touche Ă  l’Art et la Culture (les sciences humaines etc.), tout particulièrement la musique. Personne dans ma famille ne montre le moindre intĂ©rĂŞt pour cela, on ne peut donc pas dire que c’est mon milieu qui m’a façonnĂ© !
Ma conscience du danger liĂ© Ă  l’Ă©coute de musique Ă©tait très partielle… et surtout, comme pour l’immense majoritĂ© des gens, absolument inexacte. Lors de l’Ă©coute au casque, que je pratiquais plusieurs fois par semaine sans jamais dĂ©passer une heure, je laissais le volume Ă  bas niveau. En effet, j’avais plusieurs fois entendu des mises en garde sur l’Ă©coute au casque. Il se disait que les facteurs de risque Ă©taient la proximitĂ© de l’Ă©couteur avec l’oreille ainsi que le temps d’exposition.
Jusqu’Ă  l’âge de 23 ans, je frĂ©quentais peu les discothèques et les salles de concert car mes ressources financières Ă©taient très limitĂ©es. J’Ă©coutais Ă©normĂ©ment de musique mais essentiellement sur une petite chaĂ®ne hi-fi. En revanche, lorsque j’ai commencĂ© Ă  travailler, je me suis rendu très souvent Ă  des concerts. En moyenne, j’assistais Ă  un concert par semaine environ. Les groupes que j’affectionnais Ă©tant le plus souvent des groupes dits de “rock indĂ©pendant”, les salles dans lesquelles je me rendais Ă©taient de petite taille – au grand maximum 400 places.

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Je n’avais absolument AUCUNE conscience de courir un risque en me rendant dans des concerts. Je ne me collais pas aux enceintes tout simplement pour des raisons de qualitĂ© de son et de confort d’Ă©coute. Cela ne me serait Ă©videmment pas venu Ă  l’idĂ©e, donc dans mon esprit il n’y avait absolument aucune raison de croire en un danger Ă©ventuel. De plus, l’existence des ingĂ©nieurs du son et d’une lĂ©gislation en France limitant le volume sonore dans les salles de spectacle me conduisaient Ă  penser qu’une personne raisonnable comme moi Ă©tait en sĂ©curitĂ© absolue. Par ailleurs, s’il m’est arrivĂ© d’avoir les oreilles qui sifflent en sortant d’une soirĂ©e, d’une discothèque ou d’un concert, c’Ă©tait rarissime et ne durait jamais jusqu’au lendemain matin.
Pour finir, ma passion pour la musique et ma frĂ©quentation assidue des concerts Ă©tant connues de tous les gens qui me cĂ´toyaient un tant soit peu, j’ai dĂ» penser inconsciemment que s’il existait un quelconque danger j’en aurais Ă©tĂ© le premier averti. Au final, après des annĂ©es de lecture de presse musicale, d’Ă©coute de radios libres ou moins libres, de frĂ©quentation de disquaires souvent assez pointus, de discussions avec d’autres passionnĂ©es (dont pas mal de musiciens), je n’avais JAMAIS entendu parler d’un risque, aussi faible soit-il, liĂ© au fait d’assister Ă  des concerts. Alors, pour imaginer que ma vie pouvait basculer du jour au lendemain après un concert comme un autre…

– Vivez vous dans un environnement surexposĂ© au niveau sonore ? (près d’une source sonore très importante comme un aĂ©roport, un lieu de travaux important etc..)

Absolument pas. Je suis originaire d’une ville d’environ 50 000 habitants et, si j’ai vĂ©cu dans plusieurs grandes villes par les suites, ce n’Ă©tait jamais près d’une source de bruit. J’Ă©tais par ailleurs un amoureux du silence et le moindre bruit pouvait m’empĂŞcher de trouver le sommeil.

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– Pourriez vous nous dĂ©crire les symptĂ´mes de ce dont vous souffrez ?

J’entends des sifflements très aigus en permanence, j’ai des douleurs importantes au niveau des oreilles et je souffre de ce qu’on appelle une hyperacousie, ie une hypersensibilitĂ© aux sons. Ces symptĂ´mes se sont en partie estompĂ©s mais près de huit ans après mon accident j’entends toujours en permanence mes oreilles siffler, celles-ci sont comme bouchĂ©es tout le temps, j’ai mal, parfois très mal au point de vouloir me taper la tĂŞte contre les murs, et un grand nombre de sons me causent des douleurs supplĂ©mentaires, parfois très vives. Ces symptĂ´mes Ă©taient durant les premières annĂ©es absolument incroyables, pire que tout ce qu’on pourrait imaginer dans un film d’horreur. Le simple son d’un trousseau de clĂ©s pouvait entraĂ®ner une douleur qui me donnait la nausĂ©e, un bruit de vaisselle tout Ă  fait anodin pouvait me faire souffrir jusqu’Ă  un stade proche de l’Ă©vanouissement. Par ailleurs, il m’Ă©tait presque impossible de discriminer les sons (par exemple, lorsque j’Ă©coutais, pleurant de souffrance, un disque, je n’entendais qu’une sorte de bouillie sonore) et ceux-ci semblaient tous ĂŞtre originaires de l’intĂ©rieur de mon crâne, qu’ils proviennent de 200 mètres sur la droite ou d’un mètre sur la gauche.
Il est très difficile voir impossible de faire comprendre à autrui ce que ces symptômes peuvent signifier.

– Que pouvez vous nous dire sur la cause de cela et les circonstances dans lesquels cela s’est produit ?

– Comment ces soucis se sont ils rĂ©percutĂ©s dans votre vie de tous les jours, au quotidien ?

– Comment cela a t il Ă©voluĂ© ? (Souffrez vous toujours autant que dĂ©s la première apparition des problèmes ?)
– Qu’avez vous fait pour rĂ©pondre Ă  ce problème ? Cela a t il fonctionnĂ© ?

– Si vous aviez deux mots Ă  dire aux jeunes d’aujourd’hui concernant la façon dont ils se comportent face Ă  leur audition, que leur diriez-vous ?

Ces symptĂ´mes sont apparus après avoir assistĂ© Ă  un concert de rock d’une heure et demi, dans une petite salle parisienne (environ 400 personnes). Je me trouvais juste au milieu de la salle, par consĂ©quent Ă  distance respectable des enceintes. Sur le coup je n’ai pas eu mal : j’ai ressenti comme un “plop”, par deux fois, dans mon oreille droite. En rĂ©alitĂ©, le son me faisait un peu mal : je me suis mĂŞme bouchĂ© un moment les oreilles, pour mieux supporter ça. Mais j’avais vue sur l’appareil que possède la salle pour contrĂ´ler le niveau sonore (un dĂ©cibel-mètre) ce qui m’a rassurĂ© Ă  tort, vu que je ne savais pas que la loi française est, en rĂ©alitĂ©, une loi pour limiter les nuisances envers le voisinage et non un loi pour protĂ©ger le public. En outre, personne autour de moi ne semblait incommodĂ©… si ce n’est l’ami avec lequel j’Ă©tais venu.

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En sortant de la salle, mes oreilles sifflaient très fort mais si j’ai pestĂ© contre ceux qui avaient gâchĂ© mon plaisir en mettant le son trop fort (et trop aigu…), jamais je n’ai pensĂ© que cela pouvait durer plus de quelques heures.

C’Ă©tait pour moi un peu comme un mĂ©chant coup de soleil, rien de plus.

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