La dépression, une forme de lucidité ?

Notre désir de contrôle est si puissant, et le sentiment qui l’accompagne si gratifiant, que nous agissons souvent comme si nous pouvions contrôler l’incontrôlable.

Par exemple, on parie plus d’argent dans des jeux de hasard quand l’adversaire a l’air incompétent, comme si on pensait pouvoir contrôler le tirage aléatoire des cartes et profiter de la faiblesse de son rival. On se sent plus sûr de gagner à une loterie si on peut contrôler le numéro figurant sur le billet, et on est plus confiant dans ses chances de voir sortir le bon chiffre aux dés si on peut les lancer soi-même. On parie davantage sur des dés jamais lancés que sur des dés déjà lancés mais dont on ignore les résultats, et on mise plus si c’est soi-même, et pas un autre, qui décide du chiffre gagnant.

Dans tous ces cas, notre comportement serait absurde si nous pensions n’avoir aucun contrôle sur l’incontrôlable.

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Mais si, au fond de nous, nous croyions pouvoir exercer ne serait-ce que l’ombre d’un soupçon de contrôle, alors il serait parfaitement sensé. Or, au tréfonds, c’est bien ce que nous croyons, semble-t-il. Pourquoi ne prend-on pas de plaisir à regarder la cassette du match d’hier, même quand on ne sait pas qui a gagné ? Parce que, si la rencontre a déjà eu lieu, il n’y a plus aucune chance pour que, traversant la télé, nos encouragements circulent dans les câbles, trouvent le chemin du stade et aillent influencer la trajectoire du ballon vers les buts !

Le plus étrange avec cette illusion de contrôle n’est pas tant l’illusion elle-même, mais qu’elle procure apparemment les mêmes bénéfices psychologiques que le contrôle réel. En fait, les seules personnes insensibles à cette illusion sont les gens cliniquement déprimés, car ils évaluent généralement avec précision leur degré de contrôle dans la plupart des situations.

Ces études scientifiques, et bien d’autres, ont amené certains chercheurs à cette conclusion : le sentiment de contrôle – qu’il soit réel ou illusoire – est un facteur de santé mentale. Donc, si la question est “pourquoi vouloir contrôler l’avenir ?”, voici la réponse étonnamment juste : parce que ça nous fait du bien, un point c’est tout. Avoir de l’influence est un sentiment gratifiant. Compter pour quelque chose rend heureux. Gouverner son navire sur la rivière du temps est source de plaisir, quelles que soient les escales.

Daniel Todd Gilbert, Et si le bonheur vous tombait dessus

(“I’m the king of the world !“… ou pas)

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Réponses

  1. « L’angoisse est le possible de la liberté, seule cette angoisse-là forme par la foi l’homme absolument, en dévorant toutes les finitudes, en dénudant toutes leurs déceptions. Et quel Grand Inquisiteur dispose comme elle d’aussi atroces tortures? et quel espion qui sache avec autant de ruse attaquer le suspect dans l’instant même de sa pire faiblesse, ni rendre aussi alléchant le piège où il le prendra, comme l’angoisse en sait l’art? et quel juge sagace s’entend à questionner, oui à fouiller de questions l’accusé comme l’angoisse qui jamais ne le lâche, ni dans les plaisirs, ni dans le bruit, ni durant le travail, ni jour ni nuit? »

    SOREN KIERKEGAARD, Le concept de l’angoisse, Traduit par Knud Ferlov et Jean-J. Gateau, Paris, Gallimard, 1969, coll. « Idées », p. 160.