Le ténia des oreilles

Le maudit sifflement l’empêchait de penser, de d’exprimer clairement surtout et il se mit à bégayer comme lorsqu’il était enfant et que quelque chose le préoccupait.
L’actrice partit d’un grand éclat de rire.
“Ma foi du bon Dieu, Simon, tu bégayes !”
Il toussa dans son poing, espérant ne pas avoir rougi devant cete sotte.
“Pendant mon enfance, je bégayais quand j’étais fatigué. Ca va passer. Occupe-toi pas de ça…
– T’as mal dormi ? Moi aussi ! Trop chaud ! Pis Michel déteste l’air climatisé, alors pas d’air climatisé !”
[…] Les explications continuèrent à lui venir difficilement, il ne pensait qu’au maudit bruit qui semblait s’intensifier d’heure en heure, il devenait le parasite, il avait l’impression d’y être immergé, au point même que les autres devraient sûrement l’entendre eux aussi ! Il faillit annuler la journée de tournage pour courir au premier hôpital venu se jeter au pied d’un quelconque médecin en le suppliant de le débarrasser de ce sifflement qu’il avait dans la tête, ou alors de carrément lui arracher l’oreille gauche, mais il savait que c’était impossible, qu’il avait trop souvent reproché aux acteurs de retarder sans raison valable le tournage d’un film pour en être lui-même la cause.
Il dut puiser dans ses dernières réservers d’énergie pour se rendre au bout de la journée de travail.
Qui fut épuisante. Tout était filtré à travers cette maudite bouilloire dont le sifflement, en fin de compte, ne se perdit jamais dans les notes hautes mais, au contraire, se fit de plus en plus persistant.

Michel Tremblay, L’homme qui entendait siffler une bouilloire

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