Sifflements d’oreille ou acouphènes ?

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Il avait enduré le sifflement de bouilloire pendant deux longues journées avant de se confier. Il ne voulait surtout pas embêter son ex-épouse et ses deux fils. A bout de nerfs, épuisé, la tête dans un étau, il avait fini, on était un mercredi soir, par téléphoner à son ami Jean-Marc qu’il n’avait pas vu depuis des lunes mais à qui il pouvait tout raconter. […]

“Y’a des cliniques ouvertes le samedi. Vas-y samedi.
– C’est là, là, tout de suite, que j’aurais besoin de consulter, Jean-Marc ! Dans la demi-heure qui vient ! En tout cas, avant le tournage demain matin ! Parce que j’veux pas voir un docteur pour me faire dire que j’ai quelque chose, j’veux voir un docteur pour me faire rassurer, pour faire rire de moi, pour me faire traiter d’hypocondriaque !
– Et si t’as vraiment quelque chose ?
– J’ai rien ! Y’est pas question que j’ai quoi que ce soit ! Pas au milieu d’un tournage ! C’est la fatigue, les nerfs, c’est tout ! Je veux un tonique, des pilules, d’la drogue s’il le faut, quelque chose qui va maintenir ma santé mentale pendant le reste du tournage. Ensuite, on verra. De toute façon, ça va peut-être disparaître d’ici deux ou trois jours et je m’en souviendrai pas la semaine prochaine… […]

“As-tu déjà entendu parler des acouphènes ?”

*Simon faillit raccrocher, se retint pour l’unique raison qu’il avait besoin de se défouler sur quelqu’un.
“Oui, j’ai déjà entendu parler de ça ! C’est une maladie industrielle, Jean-Marc, c’est une maladie qu’attrapent ceux qui travaillent dans le bruit ou les chanteurs rock parce qu’ils se pètent les oreilles aux décibels toute leur vie, c’est pas une maladie de metteur en scène de cinéma ! J’ai beau avoir la réputation de crier par la tête à mes acteurs, je le fais pas au point de me donner des acouphènes, Jésus-Christ ! Il me semble que je me péterais la voix avant l’oreille interne !
– T’as écouté de la musique très fort toute ta vie…
Pas au point de me donner des acouphènes, franchement, Jean-Marc ! […]
– Y’a des cliniques partout dans la ville ! Présente-toi sans rendez-vous, fais comme tout le monde, pour une fois, attends patiemment ton tour en lisant un vieux numéro de Châtelaine. Ils vont examiner ton oreille, ils vont retirer un bouchon de cérumen gros comme une balle de golf, ils vont te faire un nettoyage, ils vont te dire de te reposer et ça va être fini. C’est ça que tu voulais entendre, ben tu l’as entendu !” […]

C’est vrai que ce coup de téléphone inutile n’avait rien changé. Non seulement le sifflement persistait, mais la boule dans la gorge s’était resserrée et il se plia dans son lit tant il avait peur.
Il ne pouvait pas continuer comme ça ! Les deux derniers jours avaient été trop pénibles et il ne se voyait pas continuer à diriger son film à travers ce filtre qui changeait la couleur des sons et qui l’exaspérait !
Il prit une longue douche très chaude, en pensant que cela allait détendre ses nerfs, mais il en sortit affaibli, tout mou, et plus déprimé que jamais. […]
Simon s’étendit sur le dos dans son lit et écouta le sifflement de bouilloire en sacrant.

Michel Tremblay, L’homme qui entendait siffler une bouilloire

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Réponses

  1. Tous ces extraits de “L’homme qui entendait siffler une bouilloire” sont vraiment très révélateurs de ce qu’on ressent et de le difficulté de l’entourage à appréhender tout cela. Ecriture brute, sans hypocrisie….