« Je suis sourde, désolée. »

A mon tour, je vais déjeuner. Rude épreuve. Elle mange quoi la fille de la barrique ? Faut faire gaffe, si c’est génétique elle est mal barrée. Ben non, regarde-là, elle est normale. Les connards n’ont pas idée de ce que j’endure. Maman est malade mais c’est pas son estomac qui craint. Sa maladie ne se voit pas. Elle est connue des initiés, du noyau dur, des proches.
J’ai plus faim.
Maman est à la caisse, elle tend sa Carte Bleue.

– Non madame, je vous répète qu’on n’accepte pas les paiements bancaires en dessous de cent francs.

Maman transpire.
La file d’attente s’allonge. Les sportifs du dimanche s’impatientent.
J’ai envie de fuir.

– Ma mère ne fait pas exprès, elle est malentendante, il faut lui parler lentement dans les yeux et très fort.
– Si vous croyez que j’ai que ça à faire, le week-end, avec ce monde. Vous avez qu’à vous en occuper si elle n’est pas autonome.
– Je vous dois combien madame ?

Maman est de dos avec son plateau. Ni badge, ni pancarte : “Je suis sourde, désolée.”

J’affronte les regards pleins d’ignorance, les commentaire pleins de bêtise.
Je la trouve tellement mieux que tous ces gens.
Je l’aime, je la déteste, je la trouve intelligente, bête, pitoyable, héroïque.

Géraldine Maillet, Acouphènes

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Réponses

  1. Oui, c’est émouvant.

    Mais étant moi même une maman malentendante à laquelle il faut parler dans les yeux du fait qu’elle doit lire sur les lèvres pour comprendre, je puis tout de même être un peu plus positif.

    A chaque fois que j’explique brièvement aux personnes étrangers auxquels j’ai à faire que je suis malentendante et qu’il faut parler lentement, clairement et me regarder en face, les employés ou autres interlocuteurs font un effort avec le sourire. Ils disent “pardon” et me regardent et font tout pour m’aider à comprendre.

    J’ai vite appris que “l’autre” est à l’aise quand on lui dit sans s’émouvoir ce qu’il faut faire afin de me faciliter la chose.

    Ceux qui oublieraient plus vite, ce seraient plutôt les proches qui finissent par ne plus penser que je ne puis suivre une conversation à plusieurs et qu’il faudrait faire un effort pour m’intégrer dans la leur s’ils veulent que je participe à un repas ou à une sortie.

    La famille, bien que je me reserve plutôt pour elle (ça fatigue, de recevoir et de participer à des discussions) est moins compréhensif que les amis qui eux savent: on choisit ses amis, mais pas la famille.

    Alors, je n’hésite pas à leur dire, à mes enfants, que s’ils veulent que je reste à table avec eux pour papoter .. ben il vaudrait mieux m’intégrer dans leur conversation et faire un effort. Sinon? je me lève de table et je vais jouer avec mon petit fils ou je vais discuter avec mes amis sur le net ou je suis plutôt plus à l’aise que certains du fait de mon métier de secrétaire qui m’a appris à tapper très rapidement avec les dix doigts.

    Quand on est malentendant, il faut qu’on accepte aussi que les autres oublient – et qu’ils ne le font pas par méchanceté, mais ils sont souvent happés par le tourbillon de leur vie qui n’est pas facile non plus tous les jours. Quand on demande de l’indulgence, il faut commencer par soi même.

    Mais si je demande à mes enfants de se rappeler que je n’ai pas les oreilles de Monsieur tout le monde, je ne leur demande surtout pas d’avoir pitié de moi – je me suis crée mon petit monde et finalement c’est parfois aussi bien de ne pas devoir écouter tout ce qui se dit.