Bruitages idiots

En réponse au dossier de Télérama dont je vous parlais dans mon précédent billet, un certain Raimbault de Sète avait écrit au journal :

Votre article concernant le silence dans les médias m’inspire cette réflexion […] : dans la plupart des documentaires animaliers diffusés à la télévision, on présente des images de nature avec un fond musical qui souvent ponctue plus ou moins bruyamment les mouvements de l’animal filmé – qu’il s’agisse d’un gros mammifère ou d’un insecte –, alors que pour celui qui filme la scène tout se passe dans le silence. La réalité est totalement souillée, artificialisée. Le spectateur qui aimerait revivre l’atmosphère telle qu’elle a été vécue par les acteurs en est empêché. Beaucoup de scènes du film Microcosmos illustrent bien ce détournement de l’attention au profit de bruitages idiots qui n’ont rien à voir avec la réalité. Je ne comprends pas ce mauvais goût de vouloir à tout prix faire de la musique ou des bruitages incongrus dans des scènes qui n’ont rien à voir avec eux.

[une fois encore, je me suis permis de mettre certains passages en gras]

On appréciera tout d’abord l’immense respect témoigné envers le travail de certaines personnes : Microcosmos (que je n’ai pas vu), une heure et demie de “bruitages idiots”, voilà qui doit faire plaisir ! 😉

Bref.

Ce courrier est avant tout une excellente preuve de l’incapacité – ou disons immense difficulté – qu’éprouve l’être humain moyen de se projeter, imaginer, prendre de la hauteur. Le silence est tellement ancré en chacun de nous depuis la naissance, comme une évidence, qu’en imaginer l’absence semble tout simplement impossible.

A lire aussi :  Masqueur d’acouphènes : fuir le « silence »

Pour ce Rimbaud (de substitution) comme pour le Gérard du PMU du coin de ma rue, la “réalité”, c’est ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent, etc. Et rien d’autre. En ces temps de Bac philo, cela a de quoi faire sourire.

Pour mon chat, le monde s’arrête là où se termine mon (minuscule) jardin.

Mais je ne lui en tiens pas rigueur. D’abord parce que c’est un chat. Ensuite parce que c’est le mien.

Quoiqu’il en soit, ce Raimbault (de Sète) me donne une idée : monter un documentaire animalier et “lui faire revivre l’atmosphère telle qu’elle a été vécue par les acteurs”. C’est à dire par moi. Du même coup je lui ferai profiter de mes bruitages idiots – mon acouphène évidemment.

Bien entendu il zappera au bout de vingt secondes, reprendra sa plume et se fendra d’un courrier à Télérama pour faire part de son mécontentement.

Légitime.

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Comprends qui peut

“Je comprends ce que tu vis.”

Combien de fois n’ai-je entendu ces mots ? « Je comprends ». Et ses multiples déclinaisons. « Je te comprends ». « Je vous comprends, Monsieur ». « Je me rends parfaitement compte de ce que cela doit être. » « Moi aussi j’ai ce que tu as ! » « Mon mari a la même chose que vous. » etc.

J’ai plus envie : désabusé de tout. Et de rien.

Je m’apprêtais à écrire un billet sur le récent drame norvégien et cette lamentable paresse intellectuelle qui consiste à étiqueter de “fou” un individu qui commet un atrocité, s’évitant ainsi toute réflexion de fond sur ce qui a pu causer un tel acte. Mais des attaques répétées ces dernières heures ont fini par me faire passer l’envie de faire marcher le cerveau.

Réponses

  1. Excellent encore cet article… qu’est-ce que je me marre en lisant ton blog !
    Nous sommes tous cinglés.
    Le plus intelligent de tous ne serait-il pas… ton chat, qui sait vivre sa vie de chat, sans se poser de questions ?

  2. Bonjour,

    Je trouve un peu “facile” la manière dont vous ridiculisez ce M. Raimbault. En effet votre propos est au fond aussi peu profond que le sien (notez que j’use du même tranchant dont vous abusez ! 😉 ).
    Il n’a pas plus tord que vous. Il exprime un avis et vous … En fait à la lecture de l’article et du précédent que vous citez, vous n’exprimez finalement pas grand chose sur le sujet … On ne sait réellement qu’elle est votre pensée en dehors du plaisir de maltraiter les propos d’un lecteur de Télérama qui ne vous avait à priori rien demandé.
    Alors que si l’on parle du silence, cher Monsieur, il y a bien des choses à dire et vous le savez puisque vous citez les pensées d’autrui.
    Mais quel votre opinion sur le silence dans les média ? Vous auriez pu au fond écrire un long article sur ce silence … Le positionner dans l’histoire des média, le contextualiser dans les différents types de productions humaines, en décrire la portée psychologique, en définir la portée systémique, en déduire l’importance sociologique … Mais au fond, on comprend que le silence est un art auquel bien des blogueurs devrait s’initier … Ne me conspuez pas lorsque je “parle” de “silence” pour un media ou “l’écrit” domine : C’est une image !
    NETtement votre.
    (Je ne sais pourquoi, mais je doute que vous souhaitiez publier ce commentaire … hum … On verra !)

  3. Michel… j’ai bien l’impression que vous n’avez pas cerné le propos de notre blogueur ; relisez donc le titre “Acouphaine”. Avez-vous lu son blog en entier ? Connaissez-vous les acouphènes ? Son rapport au bruit est lié à notre pathologie, à lui, à moi et à beaucoup d’autres victimes. Je suis à chaque fois surprise par les lecteurs qui viennent critiquer UN article sans avoir pris connaissance du contexte du blog et si c’est à prendre au premier ou au deuxième degré. Le propos de Randy est bien plus profond que celui de M. Raimbault, qui réagit en personne ayant une audition “normale”, alors que Randy, lui, ironise sur la notion de “bruit” et de “silence” qui est effectivement très différente selon les individus. Et vous voyez… même pas mal ! Il a publié votre commentaire. Sans rancune, cher Michel. Puisse ce petit message, si vous le lisez, vous donner la curiosité d’en savoir un peu plus sur nous autres, acouphéniques.

  4. Cher chonchon,
    S’il est vrai que je n’avais pas pris conscience que ce blog était destiné à une seule catégorie de personne, c’est que j’y suis arrivé par le hasard de mes butineries … C’est peut-être pour cela que vous ne comprenez pas la réaction des gens qui émettent un avis sur un article sans le placer dans son contexte !
    Quand au titre du blog, je ne l’avais effectivement pas compris comme cela. Mon esprit littéraire l’avait pris pour une forme d’analogie entre les problèmes dus au bruit et le bruit des média et de celui que nous utilisons qui par analogie également est un immense brouhaha.
    Or vous me dites que placé dans son contexte, on en comprend tout le sens. Ah bon ?!
    Vous me dites que si je ne comprend pas cette blograillerie c’est que je ne suis pas concerné par ce blog. Ca me fait l’effet de ce regard couroucé que l’on lance au célibataire sans enfant qui émet un avis sur les méthodes éducatives d’un jeune couple.
    A vrai dire cela ne me convainc pas … Mais comme je suis beau joueur, je vais m’excuser de vous avoir dérangé par mon bruit exagéré et je m’en allez continuer à butiner et à réagir quand l’émotion me pousse …
    Quand à vos traumatismes, … C’est promis, l’ancien batteur et organisateur de concert que je suis va essayer de se renseigner sur ces phénomènes auditifs …

    NETtement votre.

    Michel.

  5. Cher Michel,
    Je n’ai pas dit que ce blog était réservé à une seule catégorie de personne, encore moins que vous n’étiez pas concerné… Je voulais juste que vous replaciez l’article dans le contexte. Notre rapport au bruit est – ainsi que vous pouvez le constater – hyper sensible ! Surtout, continuez de butiner et de vous exprimer, les blogs sont faits pour ça.
    Une acouphénique en détresse (tempête d’oreille depuis hier soir… pas dormi de la nuit… ras le bol).

  6. @Michel

    (tout d’abord, désolé pour cette réponse un peu tardive.)

    Ridiculiser Raimbault ? Mais je m’inclus dans le lot ! Cette grande difficulté à se projeter est le lot de tout un chacun, moi compris. Encore faut-il en avoir conscience.

    Par ailleurs, quand on écrit à un journal comme Télérama, on peut s’attendre à être lu par quelques milliers de personnes, non ? Et donc à susciter des réactions. J’ai réagi. Raimbault m’a fait réagir. Combien de courriers de lecteurs n’ont rien suscité chez moi ? Allons, je ne le ridiculise pas (procès d’intention blablabla)…

    Au passage et contrairement à vous, je ne dis pas « Monsieur Raimbault » car ce n’est pas ainsi qu’il a signé. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il s’agit d’un Monsieur Raimbault ? C’est curieux. Il peut s’agir d’un pseudo. Peut-être d’une Madame Raimbault. Ou encore d’un prénom, qui sait ? En tout cas là encore il n’y a pas de signe de mépris de ma part.

    Alors oui, je me moquais certes de Raimbault, mais affectueusement, comme lorsque j’explique certaines choses à ma nièce qui vont à l’encontre de ce qu’elle tient pour acquis.

    Quant à mon avis sur le silence dans les media… Il m’a semblé que certaines personnes avaient des choses bien plus intéressantes à dire sur le sujet que moi, aussi me suis-je permis de les citer. Peut-être n’avez-vous pas compris – du fait justement que vous êtes arrivé sur ce blog par hasard – que l’objet principal de ce billet était non pas, justement, le silence dans les media, mais l’existence d’une « réalité objective ».

    Mais je sais bien que les lieux communs sont un des sports les plus pratiqués par les bloggeurs. J’essaie de m’en tenir écarté, autant que faire se peut. Et puis ce n’est pas parce que parfois je me « contente » de citer autrui sur certains sujets que je ne donne pas, d’une manière indirecte certes, une certaine opinion. Le Zapping de Canal+ ne donnerait pas d’opinion, car il n’y a pas de commentaire des auteurs mais une simple « collection » d’images ? Il n’y a à mon sens pas plus « orienté » que cette émission…

    D’une manière générale, j’ai toujours eu une propension à « accoucher les esprits » (en toute modestie 😉 ) plus qu’à convaincre et donner mon opinion.
    En d’autres termes, par ce blog, je souhaite avant tout inviter / inciter à la réflexion.

    Michel, vous tenez visiblement un blog sur blogger, j’aimerais y jeter un œil mais je ne peux y accéder en cliquant sur votre profil. Pourriez-vous me donner l’adresse ? Je suis du genre curieux 😉
    Pour finir, vous dîtes avoir été batteur et organisateur de concerts : quel est justement votre perception sur la question des traumatismes auditifs ? Sur la conscience et la compréhension du problème (chez le grand public d’une part, chez les musiciens d’autre part) ? Avez-vous vous mêmes, d’une manière ou d’une autre, pris part à une certaine forme de prévention ?

    Excellente fin de week-end.

  7. Bonjour Randy,

    Je n’ai pas de blog sur blogger … Enfin je devrais dire que je n’en tiens pas … J’ai du tester cette offre comme beaucoup d’autres puisque mon métier m’a amené à tester beaucoup de systèmes de publication de contenu sur Internet … Et Blogger a de la mémoire !

    Pour répondre à votre autre question, j’ai joué de la batterie à une époque où l’on ne se préoccupait guère des problèmes auditifs dus à une puissance sonore excessive. J’en ai gardé quelques traces, mon retour de scène à gauche m’a laissé quelques trous de fréquence dans mon audition. Beaucoup de batteurs jouent maintenant avec un casque ou des oreillettes. Certe j’ai souvent des bruits dans la tête que je veux imaginaires, des chuintements, des sifflements, des etouffements, … au fond je vis avec, sans trop m’en préoccuper. Mais ce n’était réellement pas ce qui m’a attiré sur votre blog … Une méprise simplement.
    En tant qu’organisateur de spectacle pendant quelques années et dans la production où je travaillais, nous ne nous préoccupions pas de ce type de problèmes si ce n’est en mettant en place des systèmes acoustiques en cohérence avec les lieux exploités et c’était généralement de vastes espaces naturels … Mais là aussi cela remonte à quelques années déjà.
    Pour aller voir régulièrement quelques concerts, il semblerait qu’une certaine prise de conscience existe maintenant mais elle me semble assez axée sur la protection de l’audition plus que sur la limitation du volume sonore ou mieux sur l’adaptation de l’acoustique au lieux exploités sans parler d’une information – mise en garde qui pourrait être plus importante. Un de mes amis ingénieur du son me racontait il y a peu qu’il avait coupé une voie de diffusion et couru vers un chateau d’enceinte pour enlever un couffin avec bébé qui avait été déposé juste devant, un concert de reggae …
    Pour ma part, je propose à ma plus grande fille qui commence sa découverte des concerts et des environnements sonores puissants de se protéger par une protection adéquate généralement distribué à l’entrée des concerts et par une attitude responsable (ne pas être trop proche de la scène par exemple).
    Par ailleurs, je suis d’accord avec vous que citer les autres est une forme d’expression.
    Dans le cas de M. Mme ou Melle Raimbault (j’avais un ami qui s’appelait ainsi et qui aurait pu s’exprimer comme cela, j’ai du croire en une évidence personnelle, en même temps est-ce si important que çà ?), je trouvait son propos pas si absurde que cela, j’ai fait l’expérience professionnellement de diffuser à longueur de journée des images d’informations brutes avec le son de captation. Les gens qui travaillaient confrontés à ce fond sonore et à aux images qu’ils pouvaient voir lorsqu’un son attirait leur regard, ont trés vite demandé l’arrêt de la diffusion et nous avons constaté un réel phénomène de “dépression collective”. J’aurais aimé pouvoir faire l’expérience avec des images exprimant des émotions plus positives pour voir ce que cela engendrerait mais nous n’avons pu le faire. Pourtant, il est interessant de voir que le son réelle a parfois plus de force que celui que l’on invente pour rendre plus réel ou plus “acceptable” une séquence audiovisuel. Mais le silence est souvent plus fort encore …

    NETtement.

    Michel.

  8. Que dire sur la fin de votre message, sinon que c’est très intéressant… et pertinent ! Je travaille dans la communication, autant dire que je comprends votre propos 😉

    Pour ce qui est de l’histoire du couffin… ça fait toujours très mal de lire des choses comme ça. J’ai souvenir d’un concert au Vélodrome de Marseille (AC/DC je crois) il y a quelques années, lors duquel un bébé était devenu sourd… Cela avait fait l’objet d’un article dans le journal quelques jours plus tard (ou dès le lendemain ?). Mais je ne l’avais appris qu’après mon propre accident (c’est quelqu’un de ma famille qui m’en avait parlé)…

    La prise de conscience progresse, en effet… Il est plus que temps.

    Bonne semaine !