Au fond de la piscine (pull bleu marine) – Isabelle Adjani

Je descends à reculons sans trop savoir ce qui se passait dans le fond

Quand il s’était éveillé dans sa chambre, le jour suivant peu après midi, son vertige s’était accru mille fois, s’accompagnant de l’horrible sensation d’être destiné à un holocauste et de sa pire gueule de bois depuis la cuite qu’il avait prise au porto pour célébrer son entrée à l’université. Il lui fallut deux jours pour se débarrasser de cette gueule de bois, mais les autres sensations persistèrent, le fermant complètement à toutes les choses qu’il pouvait voir ou toucher dans son appartement. Il ne pouvait supporter la nourriture ; les mots sur le papier n’avaient aucun sens ; il ne pouvait faire un pas de sa chaise aux toilettes sans se demander si, au pas suivant, le monde n’allait pas se retourner sens dessus dessous, ou disparaître. Rien n’avait plus ni couleur, ni volume, ni texture, ni masse ; les qualités secondes des objets, qui, peu à peu, s’étaient échappées de son univers depuis son retour de Lithia, avaient totalement disparu maintenant ; et leurs qualités premières commençaient à prendre le même chemin.

La fin était claire et prévisible. Rien ne resterait plus, qu’un petit cercle restreint d’habitudes acquises, au centre duquel vivait cette entité fugitive et mystérieuse qu’était son Moi. Quand l’une de ces habitudes l’amena devant le poste de tridivision, lui fit tourner le bouton, il était trop tard pour sauver quelque chose. Il n’y avait plus personne dans l’Univers, à part lui, plus personne, plus rien… Sauf que, quand l’écran s’éclaira et qu’il ne vit pas apparaître Egtverchi, il s’aperçut que lui-même n’avait plus de nom. A l’intérieur de la mince coquille emprisonnant son involontaire « conscience de soi », il ne restait plus qu’un vide, aussi absolu que dans un vase retourné.

James Blish, Un cas de conscience

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