Wait and hear

Simon était retourné à sa lecture. Le dernier Michael Connelly qu’il trouvait particulièrement palpitant. Il avait recommencé à lire à peine une semaine plus tôt. Depuis le début de son acouphène, il avait été incapable de se concentrer sur un livre, le sifflement aigu qui accaparait tout le côté gauche de sa tête l’empêchant de se concentrer, comme lorsqu’un robinet goutte ou qu’un oiseau moqueur répète sans fin les mêmes trilles. Il recommençait vingt fois chaque phrase, revenait sans cesse derrière pour voir qui était qui par rapport à qui dans l’histoire – cela ne lui était pas arrivé depuis ses premiers Dostoïevski, pendant son adolescence -, se perdait encore si la phrase était le moindrement longue ou compliquée.

Lorsque la date de son opération avait été arrêtée, cependant, au lieu de paniquer comme il s’y était attendu, une sorte d’abdication devant l’inéluctable, un abandon, une mollesse s’étaient emparés de lui et, peut-être devant l’illusion que le sifflement de bouilloire allait disparaître bientôt, il avait pu recommencer à se concentrer et, éventuellement, à lire. L’acouphène était toujours présent, mais il se disait que tel jour, à telle heure, il allait cesser, interrompu par le bruit de la fraiseuse, l’agilité du bistouri, et cela lui suffisait.

Michel Tremblay, L’homme qui entendait siffler une bouilloire

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