Au pays de l’Ovalie, le bouffon est coît

bouffon

Vendredi 16 mai 2003

Il est temps de retourner au bureau. Si l’envie me venait de dresser un bilan de mon travail lors des deux précédentes journées, un post-it y suffirait amplement.

La journée est longue.

Douloureuse.

Je saisis au vol le wagon des premiers partis, conscient de ne rien pouvoir tirer de ma lugubre personne.

Dans une vie normale, une dimension parallèle, c’est une excellente soirée qui s’annonce : une ancienne collègue de bureau fait ripaille à l’occasion de son jour de naissance. Forcément un grand jour. Une opportunité annuelle de prendre conscience que l’on vit toujours et de recenser les absents (qui ont toujours tort, les cons).

D’une certaine façon on me célèbre aussi : je suis sorti du ventre de ma mère très exactement au même instant que la Maîtresse de soirée. A quelques heures et quelques mois près, pour être exact. Peu importe.

Mon cerveau a turbiné de longs moments avant de secouer mon corps, direction banlieue ouest. Au bout du compte, s’il a pris cette décision, c’est probablement en l’absence d’alternative. Et que si je donne quelques coups de pédale, ma carcasse parvient encore à se mouvoir.

Mon enthousiasme évident quelques semaines plus tôt, à l’annonce de ce repas qui s’annonçait gargantuesque, contraste vraisemblablement avec le faciès cadavérique qui est mien désormais. Plus exactement, la mort suinte par tous mes pores et me donne l’illusion d’éclabousser tout alentour. Il n’en est rien. Commedia dell’arte. Tout entière centrée sur mes douleurs, la vision du monde qui m’a vu naître observe mon agonie.

Etrangement, aucune larme n’a humidifié mes yeux depuis mon « nine eleven ». Un signe incontestable de la gravité de mon état. L’implosion semble au bout de la rue. Ou dans ce restaurant façon magret de canard fermier du Sud-Ouest mariné au Madiran.

Etalage non exhaustif des atouts de ladite taverne : cadre probablement charmant, patron affable qui aurait mérité quelques sourires, préparations culinaires aïe aïe aïe (gare aux crises hémorroïdaires). Tout pour une soirée réussie.

Il n’en fut rien.

Il n’en fut rien d’abord parce que douleurs et sifflements me terrassaient.

Il n’en fut rien ensuite car un troupeau de rugbymen aussi gras que stupides carburaient à la vinasse avariée et vomissaient leurs tripes vocales à quelques centimètres de mes oreilles en souffrance.

Il n’en fut rien enfin pour la simple raison que dans une quête désespérée de l’oubli je me condamnais à endosser l’habit de clown – qui, en toute modestie, me sied particulièrement bien à l’occasion. Fuite en avant ; sortie de route inévitable. Une plaisanterie aussi grasse et stupide que les bovins sus-mentionnés me valut la colère de la « c’est formidable, j’ai un an de plus » et du même coup l’opprobre du reste de la tablée.

C’est en vain que je mendiais le Grand Pardon auprès du Grand Patron – fort peu matrone, en l’occurrence.

Jugement rendu, sentence exécutée, appartement réintégré, Randy désintégré.

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