Bondage des ténèbres

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Semaine du 16 juin 2003, derniers jours

Les nuits et les jours se suivent et se ressemblent, s’assemblent, long chemin de croix vers… Vers quoi au juste ?

Je tremble de plus en plus, j’ai un pied au-dessus du gouffre mais je ne tombe pas…

Je résiste parce que, comme tout animal, je suis programmé ainsi.

Je résiste également car je veux encore espérer.

Je résiste pour un « après ».

Il était limpide dès la survenue de mes acouphènes en mode fortissimo que, si j’avais acquis la certitude d’une vie entière de la sorte, j’y aurais aussitôt mis un terme : une balle dans la tête. Après avoir muni le pistolet d’un silencieux. Non pas pour éviter d’attirer les voisins mais tout simplement parce que, si je pouvais choisir de tracer le point final de mon existence, il m’était impossible de m’infliger en conscience une douleur d’une telle intensité. Malheureusement, je ne suis pas masochiste, sinon peut-être nagerais-je désormais en plein bonheur… Oh bien entendu j’aurais pu envisager de me protéger de bouchons en mousse ou d’un casque anti-bruit mais, outre le côté… quelque peu étrange de se suicider ainsi protégé, des bruits bien moindres déclenchaient chez moi une douleur si forte que je manquais bien souvent de m’évanouir.

Alors, qu’aurait donné un coup de feu ?

Il est à noter que des années après les faits je n’ai point changé d’opinion à ce sujet, ce qui prouve de manière indubitable que je n’agissais pas uniquement sous le choc du moment. Une telle souffrance est tout simplement inacceptable, invivable, insupportable. Nul ne mérite un tel châtiment. Je n’avais jamais jusqu’alors été confronté à une vérité aussi éclatante d’objectivité et, si j’ai aujourd’hui encore coutume de dire que tout n’est que subjectivité, ce sujet me semble un morceau d’absolu dans un océan de relativité.

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Lionel, mon voisin de bureau qui présente la double qualité à mes yeux d’être Marseillais (un compatriote !) et de fort agréable compagnie, montre régulièrement des signes de lassitude face à mon attitude. Il est vrai que beaucoup de personnes au sein de la société Wunderbar nous enviaient l’ambiance de ce réduit de trois personnes très complices. Cependant, que les choses avaient changé depuis peu !

Quelques jours auparavant, il avait souhaité en discuter avec moi : « tu sais, c’est pas marrant pour Nathalie et moi, tu fais tout le temps la gueule ! ». Complètement brisé moralement, anéanti physiquement, je ne peux aucunement réagir. Encore moins me justifier. Tout ce dont je suis certain en cet instant est que cela ne part nullement d’une mauvaise intention. Alors, que dire ? Que je suis désolé ? Quoique je puisse prononcer, il ne comprendrait pas. Encore une fois, je ne comprends pas moi-même ce qui m’arrive.

En somme, je suis dans l’exacte position d’un figurant de la série de Science-Fiction « la Quatrième dimension » – ou « Twilight zone » pour les anglophiles.

La seule différence est que je n’ai pas douté un seul instant que c’est moi qui ai profondément muté. Et non le monde qui m’entoure.


(crédit photo : “Bondage princess“, par Mivox)

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