DĂ©ni de service

Il appuya sa tĂŞte dans son cou.

Elle lui dit qu’il pouvait pleurer.
Il le fit en grands soubresauts incontrĂ´lables oĂą se sentaient la terreur, l’impuissance, l’Ă©puisement.
Elle lui reprocha avec douceur de n’ĂŞtre pas venu se confier plus tĂ´t ; il prĂ©texta la fin du tournage, le travail, les responsabilitĂ©s que tout cela reprĂ©sentait, le doute oĂą il avait Ă©tĂ© lui-mĂŞme plongĂ©, au dĂ©but, alors qu’il croyait que l’acouphène n’Ă©tait qu’un malaise passager produit par la fatigue et les soucis.
Elle le connaissait. Elle se content, au moment qu’elle crut le plus propice, de lui glisser Ă  l’oreille :
“Laisse-toi aller, Simon. R’tiens-toi pus.”

La crise qui survint alors fut terrible, longue, violente.
Il sortit tout d’un bloc : l’exaspĂ©ration devant la chirurgie dont les sĂ©quelles s’annonçaient longues et difficiles, la rage impuissante face Ă  l’injustice de tout ça, directement issue du judĂ©o-christianisme de son enfance qui voulait que tout soit punition ou rĂ©compense – “Puni ? De quoi, pour l’amour du sait ciel ? Chus quand mĂŞme loin d’ĂŞtre un monstre !” -, le fatalisme de sa famille qui lui faisait entrevoir les pires consĂ©quences dont la moins flamboyante Ă©tait la morte sur la table d’opĂ©ration et les plus dĂ©lirantes – quelques-unes en Ă©taient mĂŞme drĂ´les tant elles Ă©taient ridicules – impliquaient des difformitĂ©s dĂ©finitives et des malaises qui n’avaient rien Ă  voir avec l’ouĂŻe, mais venaient de ses cauchemars d’enfant gavĂ© de films d’horreur ou de science-fiction.
Simon s’Ă©tait levĂ©, arpentait le grand salon, fulminait, levait le poing, postillonnait comme un mauvais acteur, Ă©ructait de colère et de frustration. Il refusait l’acouphène, rejetait la chirurgie, il voulait reculer le temps, revenir quelques jours en arrière, au moment oĂą il avait entendu le bruit de la fournaise Ă  l’huile et… arriver Ă  tout nier ! Tout renverser par la seule force du dĂ©ni !

Au bout d’une terrible demi-heure de cris et de fureur, il vint se planter devant elle et lui dit d’une voix trop douce pour ne pas ĂŞtre suspecte :
“Pis pendant tout ce temps lĂ , pendant que je parle, que je crie, que je sors enfin tout ce que je gardais en moi, j’entends le sifflement de la maudite bouilloire !

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