La Chevauchée des Valkyries

Wang percevait la respiration de son correspondant, encore plus prĂ©cipitĂ©e que la sienne. Il avait la dĂ©sagrĂ©able impression d’ĂŞtre habitĂ© et ralenti par un parasite. Un sifflement proche lui contracta les muscles du dos et de la nuque.
« Comment as-tu pu te fourrer dans ce guêpier ? vitupéra Frédric. Une règle de base de la stratégie est de ne jamais se laisser surprendre en infériorité numérique sur un terrain plat. Où est passé ton fameux instinct de survie ? »

Cette dernière phrase dĂ©clencha, au-delĂ  d’un agacement lĂ©gitime, un Ă©clair de luciditĂ© dans l’esprit de Wang. Il prit conscience que son attitude allait Ă  l’encontre des prĂ©ceptes de grand-maman Li, qu’en rĂ©agissant par la peur Ă  la soudainetĂ© de l’offensive anglaise, il avait renoncĂ© Ă  influer sur le cours de sa vie.
Un rĂ©flexe l’entraĂ®na Ă  lever la tĂŞte et il aperçut, comme deux nuages scintillants, les P.C. des stratèges qui flottaient silencieusement deux cents mètres au-dessus du sol. Le dĂ©fendeur français et le challengeur nĂ©erlandais s’Ă©taient spontanèment rejoints au-dessus du veld, conscients que la guerre risquait de se jouer sur cette première charge, sur ce dĂ©voilement subit des intentions de Frankij Moelder.
Tout en courant, Wang s’efforça de chasser ses pensĂ©es, de faire le vide en lui. Les cavaliers comblaient rapidement la distance qui les sĂ©parait des fuyards. Leurs tirs d’intensifiaient, se mĂŞlaient aux hurlements des mourants et aux roulements de sabots pour composer un fond sonore assourdissant.

Pierre Bordage, Wang, 2 – Les aigles d’Orient

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