L’addiction au travail mène au crime

Le drame de l’addiction commence de façon anodine

Le salariĂ© veut se prouver qu’il est Ă  la hauteur de sa tâche, qu’il ressemble au portait qu’il avait dressĂ© de lui-mĂŞme dans sa lettre de motivation : performant, endurant, faisant preuve d’initiative. On le gratifie pour cela, ce qui le pousse Ă  en faire plus. Les rĂ©sultats qu’il obtient lui procurent un “high” qui le grise.

Mais avec le temps, ces montĂ©es d’endorphine s’espacent et se font plus brèves

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Les tâches Ă  accomplir s’amoncellent, tandis que ses forces le lâchent. Il commence Ă  refouler la peur de ne pas ĂŞtre Ă  la hauteur, Ă  se trouver des excuses. En mĂŞme temps, sa famille et ses amis commencent Ă  lui reprocher son manque de disponibilitĂ©, ce qu’il Ă©prouve comme une pression supplĂ©mentaire et qui conforte le sentiment que le monde entier s’est liguĂ© contre lui pour l’empĂŞcher de remplir sa mission. Il devient toujours plus irascible, surtout envers les autres employĂ©s qu’il considère comme autant d’entraves Ă  sa rĂ©ussite (l’enfer, c’est les collègues). Pour Ă©chapper Ă  l’idĂ©e qu’il se fait presser comme un citron, c’est lui qui va presser les autres, les harceler.

BientĂ´t, les premiers symptĂ´mes physiques se font sentir : hypertonie, tinnitus [acouphènes], maux d’estomac

Mais son mĂ©decin les traite comme autant d’accidents n’ayant rien Ă  voir avec son mode de vie. Alors il continue, il en rajoute mĂŞme, pour se prouver qu’il ne baisse pas les bras, qu’il est irremplaçable Ă  son poste, qu’il peut encore monter un Ă©chelon. C’est que de la ressource humaine plus fraĂ®che est lĂ , qui guette sa moindre dĂ©faillance pour le pousser vers la porte de sortie.

Maintenant, il se dope : psychostimulants le matin, sĂ©datifs le soir. Du cĂ´tĂ© de sa vie privĂ©e, c’est le dĂ©sastre total. Il ne reste plus que la boĂ®te Ă  laquelle il puisse s’accrocher, avec une agressivitĂ© redoublĂ©e. Au bout du parcours, ce peut ĂŞtre l’infarctus, ou le suicide.

Guillaume Paoli, in Eloge de la démotivation

Actuellement, pour moi, l’enfer c’est une collègue. Non parce qu’elle est une entrave Ă  ma rĂ©ussite – cette idĂ©e me fait sourire – mais parce que cette boule de stress rend toute concentration dans un pĂ©rimètre de cinq mètres douze aussi difficile que l’ascencion de l’Everest pour un unijambiste (non je ne suis pas unijambiste et je n’ai jamais essayĂ© de… mais j’ai un peu d’imagination, voyez-vous).

Oh, je ne suis pas le seul Ă  m’en plaindre ! Mais si mes codĂ©tenus peuvent se relâcher une fois sortis des bureaux, et notamment le soir dans le calme et le silence de leur nid douillet, je ne dispose pas pour pour ma part de ce (rĂ©)confort.

Ce qui rend le tout plus insupportable encore.

(ma collègue, c’est un peu Tweek de South Park – “AAAHHH LA PRESSION EST TROP FORTE” – mais en pire)

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