Tu n’aimes pas le silence ?

Mercredi après-midi, sous le soleil enfin ressuscité. Après d’interminables semaines qui laissaient à penser que jamais plus il ne darderait ses rayons. Une petite pause dans une longue journée de travail, alors que bon nombre de Parisiens ont enfin brisé leurs chaînes pour s’éloigner du Périph’ et des essaims de Vélib’ qui rongent les artères delanoënnes.

Une collège de bureau revient du rally Optic 2000 et m’en vante les louanges. Paysages merveilleux, lever de soleil à nul autre pareil, grandes étendues qui laissent le regard porter plus loin que la Porte d’Orléans… Elle rayonne. Enthousiasme retrouvé d’une enfant, elle qui se laisse si facilement dévorer par le stress vulgaire de deadlines, validations et autres mises en ligne.

– Tu devrais y aller, je suis sûre que ça te ferait énormément de bien…
– Il y a un souci, vois-tu, et c’est toujours le même, comme tu le sais : le silence.
Elle, après un instant d’étonnement :
– Pourquoi, tu n’aimes pas le silence ?
– Non, c’est plutôt que je ne le connais plus depuis cinq ans maintenant. J’ai aimé le silence, passionnément, mais il m’est devenu une torture depuis que je souffre d’acouphènes.
– Je vois… Mais tu sais, avec les gens qui étaient là, je te garantis qu’il n’y avait pas de silence.
– Tu sais, c’est plus complexe que ça. Même à Paris, alors qu’il y a toujours un bruit de fond, avec la circulation automobile, le bruit qui rebondit de mur en mur, le “silence” qu’on y trouve parfois est déjà douloureux pour moi. Alors imagine ce que ça peut être dans un désert !
– Mais il y a le bruit des voitures et…

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… et j’ai changé de sujet.

Comment faire comprendre que le silence n’est pas un état que l’on trouve par instant, lorsque tout bruit a cessé ? Que le son est une sinusoïde, qui oscille sans arrêt, toujours en mouvement, telle une dune dans le désert ? Qu’en somme, nous baignons en permanence dans le silence, tout comme Bébert le poisson rouge dans son aquarium en forme de boule ? Et que si l’on injecte quelques gouttes de poisson dans son eau, celle-ci aura tôt fait de se trouver contaminée dans son ensemble. Et le pauvre Bébert de passer de vie à trépas.

No refuge.

J’ai certainement appris beaucoup durant ces cinq années d’indiscible souffrance. J’ai ainsi pu constater que le silence est une composante tellement naturelle, évidente, immédiate pour l’être humain que celui-ci ne se questionne pour ainsi dire jamais en profondeur sur ce qu’il en est réellement. Hormis un passionné de psycho-acoustique, comme le premier psychiatre que j’ai rencontré fin 2003 – mais j’y reviendrai.

Ce qui a deux conséquences : la première, celle de concevoir si difficilement l’absence de silence et la deuxième, bien plus difficile à surmonter, qui est de comprendre ce que ça signifie.

Et sur ce deuxième point, même parmi les grands pontes du milieu, la route n’est pas droite et la pente est raide – libre adaptation d’une raffarinade bien connue.

(Boire l’eau d’un poisson rouge, c’est lui enlever la vie… Me priver de mon silence, c’est… c’est quoi exactement ?)

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