Angoisse de la mort et stress post-traumatique

Samedi 21 avril 1945, 2 heures du matin

Des bombes, les murs ont vacillé. Mes doigts qui tiennent le stylo en tremblent encore. Je suis en nage, comme après un dur labeur. Avant, dans la cave, je mangeais de grosses tranches de pain. Depuis le jour où j’ai été bombardée, et où, dans la même nuit, j’ai dû aider à dégager des corps ensevelis, je lutte contre l’angoisse de la mort. Ce sont toujours les mêmes symptômes. D’abord, la sueur qui perle au front, à la racine des cheveux, les lancements dans la moelle épinière qui est comme taraudée, les tiraillements dans la nuque, puis le palais qui se dessèche, et les battements syncopés du cÅ“ur. Le regard qui fixe le pied de la chaise d’en face, comme pour m’imprimer son galbe et ses bourrelets dans la rétine. Pouvoir prier en cet instant. Le cerveau s’agrippe à des formules, à des lambeaux de phrases : “Geh an der Welt vorüber, es ist nichts” [Maria Holschuh, Ostwind] … ” Keines fällt aus dieser Welt” [Conrad Ferdinand Meyer, Poèmes] … Noli timere [Isaïe, XLIII, 1] … Jusqu’à ce que la vague se retire.

Marta Hillers (livre publié anonymement), Une femme à Berlin : Journal 20 avril-22 juin 1945accba0b69f352b4c9440f05891b015c5

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