Abandonne tout espoir


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12 juin 2003

Aujourd’hui je dois revoir mon ORL de l’hĂŽpital Pompidou. Depuis trois jours j’ai arrĂȘtĂ© le Trivastal. Aucun changement Ă  l’horizon, ni dans le sens vaguement espĂ©rĂ©, ni dans le sens finalement peu redoutĂ© – je ne suis pas en Ă©tat d’envisager que quelque chose de pire, de plus violent encore, puisse me tomber sur la gueule.

A vrai dire, je n’en suis pas exactement au mĂȘme point, ce qui ferait dire Ă  un Balladur-ça-assure qu’il y a comme un frĂ©missement. En effet, l’arrĂȘt du Trivastal a eu pour consĂ©quence immĂ©diate la disparition de ces conduites d’eau sous pression dans mon crĂąne, le recul de cette sensation d’engorgement de sang dans mes vaisseaux endoloris. Ma tĂȘte vibre toujours de haut en bas, de droite Ă  gauche, peut-ĂȘtre pour toujours et Ă  jamais, mais il me semble que le balancier parkinsonien a cĂ©dĂ© quelque Ă©nergie Ă  cette bonne vieille entropie.

SacrĂ© traitement que ce Trivastal, en vĂ©ritĂ© ! Non seulement il n’a rien rĂ©glĂ© mais il a transformĂ© une ampoule au pied en gangrĂšne. Et l’amputation dans mon cas n’est pas une issue envisageable : certains l’ont fait avant moi mais ont pu constater que cela n’a rien rĂ©glĂ©, pire encore, que les douleurs et sifflements n’en sont sortis que renforcĂ©s.

Sans doute avaient-ils cru Nietzche et son désormais galvaudé « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Pour ma part, je n’ai jamais Ă©tĂ© si faible de ma courte existence.

A force de rĂ©flĂ©chir, je construis un petit chĂąteau d’espoir : peut-ĂȘtre est-ce en effet la prise de ce mĂ©dicament qui a tout brutalement dĂ©rĂ©glĂ© et, partant, que l’arrĂȘt du traitement va amener Ă  court ou moyen terme un retour Ă  la situation post-traumatique ? Peut-ĂȘtre mĂȘme ce maudit Trivastal a-t-il permis de rĂ©cupĂ©rer une (petite) partie de ma (modeste) perte auditive ? J’essaie de me convaincre
 Sans doute mon existence va-t-elle rentrer dans l’ordre maintenant


A lire aussi :  CafĂ© de la Danse Paris : traumatisme sonore

Je tente de ranger dans un coin en bon Ă©tat de mon processeur central, si tant est que tout le systĂšme ne soit pas corrompu, tous ces abominables tĂ©moignages que j’ai pu consulter sur internet. Ils tendent tous vers la mĂȘme conclusion : « toi qui entre ici, abandonne tout espoir ». Ma vie dĂ©sormais serait celle d’un reclus, d’un paria, condamnĂ© Ă  expier une faute qu’il n’a pas commise, coincĂ© entre l’horreur du silence et la souffrance du bruit, enrubannĂ© de douleurs.

Une BD me revient Ă  l’esprit. Y Ă©tait contĂ©e l’histoire des « Drogs », une tribu dont les membres Ă©taient sous l’emprise de la drogue – BD destinĂ©e Ă  expliquer aux jeunes enfants que la drogue, c’est mal. Leur monde Ă©tait terne, sombre, fade, morne. L’anti-thĂšse de celui des Bisounours. La mort planait dans tous les coins. Les Drogs n’étaient pas mĂ©chants et en ce sens rien n’était fait pour que l’on Ă©prouve un quelconque sentiment de reproche envers eux : on cherchait simplement Ă  les Ă©viter, car ils Ă©taient plus morts que vivants. Message en filigrane : « la drogue c’est pas cool, les gens te fuiront, tu seras moche et en plus tu ne pourras plus sortir de ce Monde lĂ  ».

Mission rĂ©ussie, si l’on en juge le souvenir vibrant que j’en garde prĂšs de vingt annĂ©es plus tard. Tout comme plusieurs campagnes pour la prĂ©vention des caries me reviennent, il est vrai moins nettement, en mĂ©moire.

Mais lĂ  encore, je m’interroge. Pourquoi tant d’acharnement Ă  radoter les mĂȘmes litanies ? Pourquoi rĂ©pĂ©ter des milliers de fois aux enfants que « les dents, c’est important », qu’il faut en prendre soin comme si sa propre vie en dĂ©pendait ? Au risque de choquer, j’ose affirmer qu’il est tout Ă  fait possible de survivre Ă  une carie ! Il est mĂȘme, aussi invraisemblable que cela puisse paraĂźtre, tout Ă  fait possible de vivre avec quelques dents en moins ! Pourquoi les enfants, les adolescents, les adultes, ne savent-ils pas que lorsque l’on commence Ă  frĂ©quenter discothĂšques et concerts on met sa vie en danger ?

A lire aussi :  La tĂȘte dans un tambour

Et qu’une seule fois suffit !

Avec toutes ces histoires, je sens que je suis en train de virer vieux con : je radote, je ressasse et je comprends que le vieux con, s’il radote et ressasse, c’est simplement parce qu’il a vu un « beau » jour s’effondrer sa vision, sa conception du monde, qu’il a cherchĂ© Ă  comprendre et que, sous le choc, le disque de son raisonnement s’est rayĂ© aussi sĂ»rement que ce vieux vinyl de Sidney Bechet dĂ©nichĂ© dans la cave de mĂšre-grand.

Il n’est pas concevable de comprendre l’incomprĂ©hensible. En s’y efforçant, on aggrave la cassure, on agrandit la rayure, on creuse toujours plus loin le sillon.

Et on tourne en rond, sans espoir de sortir de ce Monde lĂ .

(La photo utilisĂ©e pour illustrer ce billet s’intitule Without Words, par clarecita1. Photo Copyright Chiara Tamburini 2006)

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S’il est une maladie, parmi les plus handicapantes, qu’il est difficile de faire comprendre, c’est bien la dĂ©pression. Et la situation en la matiĂšre n’est pas prĂšs de s’amĂ©liorer. Car elle ne le peut pas, en raison mĂȘme de la nature humaine.

Tentative d’explication.

RĂ©ponses

  1. Bonjour,

    La carie concerne 60 millions de gens en France, mĂȘme lorsque ces gens ne font rien de dangereux. Rien que manger un simple morceau de pain va dĂ©poser du sucre sur les dents (les enzymes de la salive transforment l’amidon du pain en sucre). Et ça peut ĂȘtre grave, puisqu’une carie peut aboutir Ă  diverses complications, de la plus bĂ©nigne jusqu’Ă  la mort (par septicĂ©mie). Sans aller jusque lĂ , 60 millions de gens qui vont chez le dentiste, ça doit faire une sacrĂ© addition pour la sĂ©cu.

    Pour le problĂšme des discothĂšques, c’est diffĂ©rent. Les gens qui auront de l’hypercousie seront beaucoup moins que 60 millions, et surtout il faut se montrer imprudent pour ĂȘtre touchĂ©. C’est ce que j’ai fait en allant en boĂźte de nuit. Et quand je suis entrĂ© dans cette discothĂšque, j’ai hĂ©sitĂ© Ă  partir (et je l’ai proposĂ© aux gens qui Ă©taient avec moi), avant de dĂ©cider de faire comme tout le monde et de rester. Je me doutais bien que l’oreille n’est pas un organe indestructible, tout comme je peux me douter que trop de lumiĂšre n’est pas bon pour l’oeil, trop de chaleur n’est pas bon pour la peau, trop de poids n’est pas bon pour la colonne vertebrale, trop de poussiĂšre n’est pas bon pour le systĂšme respiratoire, etc. Sans avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© d’aucune prĂ©vention sur ces sujets, mais simplement avec du bon sens. Le problĂšme, c’est que l’effet de groupe a eu raison de mon bon sens la nuit oĂč je me suis abĂźmĂ© les oreilles. Mais ça c’est de ma faute. Au moins en partie. Quand je suis sorti de lĂ  avec des acouphĂšnes, j’Ă©tais supris de voir ceux qui m’accompagnaient trouver ça banal. Pour moi, ce n’Ă©tait pas normal. Et je trouve qu’on ne devrait pas avoir besoin d’une formation pour en arriver Ă  cette conclusion. Idem pour les piercings par exemple, je n’ai pas besoin qu’on me dise que se faire des trous dans le corps comporte des risques, ça semble Ă©vident.

    Tout ça pour dire qu’on ne peut pas faire une prĂ©vention Ă©gale sur tout, car sinon il faudrait sans doute crĂ©er une nouvelle matiĂšre Ă  l’Ă©cole en plus des maths et du français et des autres. Et dans ce flot de mises en garde, les plus rĂ©centes prendront la place des plus anciennes dans la mĂ©moire des enfants. En plus, peut-ĂȘtre, d’augmenter la proportion d’hypocondriaques dans la population.

    Bref, je n’aime pas trop l’idĂ©e de dire « j’ai passĂ© 3 heures sous un vacarme d’enfer et on m’avait pas dit que ça pouvait abĂźmer mes oreilles, c’est un scandale ! ». Ça me fait penser Ă  cette histoire d’un client qui a portĂ© plainte contre Mac Donald’s aprĂšs s’ĂȘtre brĂ»lĂ© avec une tasse de cafĂ© chaud. Depuis, sur toutes les tasses de cafĂ© Mac Do, il est Ă©crit de maniĂšre trĂšs visible « Attention: chaud ». Je prĂ©fĂšrerais que ce ne soit pas Ă©crit et que ça tombe sous le sens.

    Surtout que bien des gens qui frĂ©quentent les boĂźtes de nuit ont dĂ©jĂ  connu des acouphĂšnes en sortant de lĂ . MĂȘme avec ça, ils ne rĂ©alisent pas que quelque chose ne va pas. Dans ce cas, je dirais que le problĂšme, c’est eux. D’ailleurs, les gens qui Ă©taient avec moi en boĂźte ont tous eu des acouphĂšnes pendant une nuit seulement, et ça n’a pas empĂȘchĂ© certain d’y retourner, mĂȘme aprĂšs avoir Ă©tĂ© tĂ©moins de mon histoire et de mon handicap. Comme quoi, on peut ĂȘtre parfaitement au courant, ça ne sert Ă  rien quand en plus, on est bĂȘte.

    Cela dit, je voudrais bien voir une vraie lĂ©gislation sur les discothĂšques, les concerts, les parcs d’attraction, et tout ce qui est susceptible d’exposer un public Ă  une puissance sonore Ă©levĂ©e. Et je voudrais bien voir aussi un peu de prĂ©vention par ci par lĂ . D’ailleurs il y en a un petit peu, de temps Ă  autre (j’ai en tĂȘte les magasins FNAC, une Ă©mission de radio, et je pense toutes les notices de tous les appareils qui produisent de la musique, ce qui dĂ©jĂ  n’est pas rien). Mais c’est normal que la carie dentaire, bien que moins grave Ă  l’Ă©chelle d’une personne (mais peut-ĂȘtre plus Ă  l’Ă©chelle de l’humanitĂ©), mĂ©rite une attention particuliĂšre en tant que « problĂšme de la vie normale auquel 100% des gens seront forcĂ©ment confrontĂ©s Ă  toutes Ă©poques ».

    J’aimerais bien, aussi, que les gens ne soient pas aussi attirĂ©s par ces discothĂšques. Je suis persuadĂ© qu’il y a un siĂšcle, il ne se serait pas trouvĂ© beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de dĂ©cibels, mĂȘme si les systĂšmes de sonorisation actuels avaient existĂ©. Les gens ne sont pas prudents, regardez par exemple avec le tĂ©lĂ©phone portable. De plus en plus, on entend dire que le risque apparaĂźt comme Ă©tant de plus en plus probable, et que font les gens ? Ils y restent accrochĂ© pour se dire des futilitĂ©s pas possible des heures par semaine, voire par jour… Quand les gens arrĂȘteront d’ĂȘtre cons (ce qui revient peut-ĂȘtre Ă  dire: quand on sortira de cette sociĂ©tĂ© d’adulescents), y’aura dĂ©jĂ  beaucoup moins besoin de prĂ©vention. Un mode de vie simple et sain Ă©vite dĂ©jĂ  d’emblĂ©e nombre de problĂšmes.

  2. « Je suis persuadĂ© qu’il y a un siĂšcle, il ne se serait pas trouvĂ© beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de dĂ©cibels »

    C’est un fait, nos aĂŻeux Ă©taient beaucoup moins cons que nous, surtout quand ils allaient la fleur au fusil sous la mitraille prussienne. Je regrette quant Ă  moi, les coups de badines sur les rotules, les attouchements des bons pĂšres jĂ©suites, l’Ă©lĂ©gance martiale des braves soldats morts pour la patrie. Tout cela vous forgeait un homme fier et droit dans son cercueil, « plein de bon sens » et moins « bĂȘte » .
    Eh oui ! car il en faut du bon gros sens d’Ă©picier bourgeois pour ne pas se sentir trop con Ă  commenter un message qui appelle forcement une docte analyse de la carie dentaire et une profonde rĂ©flexion sociale… En somme, il nous faudrait « un peu de prĂ©vention par ci par lĂ   » ; les gens devraient ĂȘtre « plus prudents », ces imbĂ©ciles !
    « Un mode de vie simple Ă©vite dĂ©jĂ  bon nombre de problĂšmes » ; J’ajouterai qu’un mode de pensĂ©e simple Ă©vite aussi d’affreuses migraines…
    Laurent tu peux crever raclure ! c’est de de faute pauvre idiot ! Ă  ton prochain message, je te dĂ©crirai par le menu la fistule anale et ses modes de prĂ©vention, ça t’apprendra trou du cul !

  3. Quand je disais qu’il y a un siĂšcle, il ne se serait pas trouvĂ© beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de dĂ©cibels, je voulais dire qu’il y a un siĂšcle, il ne se serait pas trouvĂ© beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de dĂ©cibels. Je ne voulais bien entendu pas dire que les coups de badines sur les rotules, les attouchements des bons pĂšres jĂ©suites, l’Ă©lĂ©gance martiale des braves soldats morts pour la patrie, c’Ă©tait gĂ©nial. Pas plus que le manque de droit des femmes, l’absence de conscience Ă©cologique, le manque d’aides sociales, et mille autres choses.

    Il ne faut pas ĂȘtre trop manichĂ©en et penser que tout est soit super soit infect.

    Ce n’est pas parce que quelque chose est plus rĂ©cent que c’est forcĂ©ment mieux. Sinon ça voudrait dire qu’on a juste Ă  continuer comme ça, pour tendre chaque jour un peu plus vers la perfection. Ça serait chouette mais ça ne marche pas comme ça.

    Des choses idiotes disparaissent, d’autres apparaissent. À mon sens, l’attirance pour le bruit est une mauvaise chose qui est apparue ces derniĂšres dĂ©cennies. Il n’est pas rare de voir des prospectus pour des boites de nuit avec comme accroche « soirĂ©e 3000 Watts !!! ». Et ceux que ça attire ne risquent pas de se voir dĂ©cerner la mĂ©daille du bon sens. Par contre ils risquent de se voir dĂ©cerner une belle hyperacousie…

  4. Bon ! au style « dissertation » je sens l’esprit qui se construit.
    Je ne serai donc pas trop féroce avec toi ma petite chatte .
    Lis attentivement le message de Laurent et je pense que tu constateras par toi-mĂȘme que ton commentaire est un tant soit peu dĂ©calĂ©.
    Ensuite (je te le dis Ă  toi mais vous ĂȘtes des millions…) tu critiques une sociĂ©tĂ© dont tu adoptes tous les tics : il ne faut pas ĂȘtre « trop manichĂ©en » ; ce facheux plĂ©onasme est doublĂ© d’une morale Ă  gĂ©omĂ©trie variable. Toi tu as parfaitement le droit d’ĂȘtre manichĂ©enne en traitant de cons les malheureux qui ne font pas preuve de « bon sens »…
    Je te le concĂšde il y a bien une ribambelle d’imbĂ©ciles passionnĂ©s de dĂ©cibels qui, mĂȘme avertis des risques et traumatisĂ©, foncent la tĂȘte baissĂ©e dans les murs de son.
    Seulement, certains ne sont absolument pas avertis des risques liés à une exposition sonore,
    ne sont pas forcement des accrocs du gros rock qui tache ou des cinĂ©s « Dolby Suround super sound system », souhaitent simplement passer une soirĂ©e Ă  la con entre amis sans se soucier d’un quelconque risque pour leurs oreilles.

  5. Si je vous ai qualifiĂ© de manichĂ©en, c’est juste parce que quand j’ai dit que UNE chose (la chose qui nous intĂ©resse sur ce blog) Ă©tait mieux y’a un certain temps, vous m’avez rĂ©pondu une liste de choses n’ayant rien Ă  voir pour me montrer que ce n’Ă©tait pas mieux avant. Certes. Je me suis demandĂ© pourquoi, et Ă  relire votre message, il semblerait que l’idĂ©e c’Ă©tait « si tout ça c’Ă©tait pas mieux avant, alors forcĂ©ment rien ne l’Ă©tait ». Je me suis peut-ĂȘtre trompĂ©, vous vouliez peut-ĂȘtre me montrer autre chose en me parlant des jĂ©suites, auquel cas je n’ai pas saisi. Seulement je n’avais absolument pas dit que TOUT Ă©tait mieux avant, mais simplement qu’avant il n’Ă©tait pas courant d’aimer s’exploser les oreilles et qu’on a donc avancĂ© dans la mauvaise direction sur ce point. Rien d’extraordinaire en somme. AprĂšs les problĂšmes avec les jĂ©suites et autres sont sans doute importants aussi, mais je vais pas fusionner tout les problĂšmes du monde -mĂȘme si je pouvais les supporter sur mes petites Ă©paules- pour en parler d’un coup Ă  chaque fois que je prend la parole sur un blog.

    Quand je dis qu’il faut ĂȘtre con pour aimer les dĂ©cibels Ă  outrance, je ne veux bien sĂ»r pas dire que quiconque aime le boucan est entiĂšrement bĂȘte et ne sert Ă  rien sur cette Terre. Donc je ne suis pas manichĂ©en. D’ailleurs, je connais une personne que je ne suis pas arrivĂ© Ă  convaincre de se calmer sur les dĂ©cibels, et je lui ai dit qu’il est bĂȘte de risquer de gĂącher sa vie comme ça. Eh bien il est le premier d’accord et m’a rĂ©pondu « je sais mais c’est comme une drogue pour moi » (cet aspect drogue se retrouve chez pas mal de monde d’ailleurs). Par contre, sur de nombreux points, c’est une personne trĂšs mĂ©ritante qui pense souvent aux autres avant de penser Ă  lui, et je lui suis redevable sur certaines choses, Ă  ce con. Et s’il est tĂȘtu quant Ă  ses oreilles, au moins il ne fera du mal qu’Ă  lui.

    Quant aux gens qui ne sont pas avertis des problĂšmes sonores, c’Ă©tait justement de quoi je parlais dans mon message. J’en connais 3 qui Ă©taient avec moi dans cette fameuse discothĂšque le jour oĂč j’ai eu mon traumatisme. Dans cette boĂźte, il Ă©tait impossible de communiquer oralement sans se hurler dans le creux de l’oreille, et mĂȘme alors, ça donnait l’impression d’un chuchotement. Quand on est sorti, personne n’a parlĂ© de ses acouphĂšnes et pourtant tout le monde en avait. J’ai manifestĂ© ma surprise et de concert, on m’a rĂ©pondu « mais t’inquiĂštes c’est normal ça ». Donc oui, je l’affirme, on avait pas Ă©tĂ© prĂ©venus, on avait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de prĂ©vention, mais quand mĂȘme, on peut pas dire qu’on ait Ă©tĂ© des lumiĂšres sur ce point. Tous les quatre. Quand le corps envoie un signal d’alarme parfaitement anormal et que la personne interprĂšte « c’est normal ça », faut quand mĂȘme avoir un manque de bon sens quelque part. Et aprĂšs avoir Ă©tĂ© tĂ©moin de mon handicap, l’une des 3 autres a continuĂ© de frĂ©quenter cette boĂźte, en me disant « mais non je risque rien, c’est que toi tu devais avoir un problĂšme aux oreilles avant ». Celle-lĂ  Ă©tait quand mĂȘme la plus conne, car les deux autres se sont montrĂ© plus malins par la suite, voyant ce qu’Ă©tait devenu ma vie.

    Aussi, chaque fois qu’une connaissance me dit « tiens samedi je vais voir bidule en concert », il faut que je fasse mon lourd et que je force la personne a prendre une paire de bouchons d’oreille. Et pourtant je suis une prĂ©vention vivante. Donc lĂ  encore, j’affirme que les gens ont une tendance Ă  la connerie avec leur santĂ©.

    Si vous lisez ce blog, alors vous connaissez peut-ĂȘtre le site audition-prevention.org, sur lequel on trouve le tĂ©moignage d’un certain Arnaud:

    « Almighty Ă©tait dĂ©jĂ  fort, mais Machine Head nous a littĂ©ralement clouĂ©s au mur. Le son arrivait en dĂ©flagration et la quasi-totalitĂ© du public semblait Ă©crasĂ©e sur son siĂšge par la masse sonore. La double grosse caisse du batteur plombait comme une DCA et nous donnait l’impression de recevoir des coup d’Ă©paules dans le thorax, de comprimer nos glottes. Le son Ă©tait si fort qu’on ne percevait aucune distinction de notes ou de timbres entre les instruments. »

    Quand on constate ça, et qu’on reste sur son siĂšge alors qu’on est complĂštement libre de partir et de se soulager (et de sauver sa santĂ©), je crois qu’on a pas besoin d’avoir Ă©tĂ© prĂ©venu de quoi que ce soit. Dans la suite du tĂ©moignage, on apprend que trois personnes sur les quatre que formaient le groupe d’Arnaud ont eu la malchance de devenir acouphĂ©niques pour de bon.

    Je sais que le coaching est Ă  la mode, que de nos jours la tĂ©lĂ© nous envoie moult messages pour nous dire de bien nous alimenter, de mettre notre main devant notre bouche quand on Ă©ternue (vĂ©ridique, c’est une rĂ©cente campagne du gouvernement que vous avez forcĂ©ment vu si vous regardez la tĂ©lĂ©), de faire attention Ă  l’alcool, de conduire prudemment, etc., mais vraiment je suis persuadĂ© que ça devrait aller de soi que de tels traitement infligĂ©s aux oreilles sont nĂ©fastes. Et que donc, celui qui se retrouve dans un endroit dĂ©meusurĂ©ment bruyant, sans y ĂȘtre venu pour ça, sans aimer le boucan, et y reste, manque de jugeote. Comme j’en ai manquĂ©. C’est tout ce que je dis. Je ne dis pas que c’est le cas pour toute la Terre, je ne vise ni vous ni l’auteur de ce blog ni aucune personne en particulier. Et c’est parce que je ne suis pas manichĂ©en que je ne vais pas opposer les gentilles victimes innocentes exemptes de dĂ©fauts et d’erreurs contre les mĂ©chantes boĂźtes de nuit avides de fric. Non, je ne suis pas parfait, loin de lĂ , et ce soir lĂ  j’ai fait une connerie. La discothĂšque aussi, peut-ĂȘtre plus grosse encore puisqu’elle a accueilli des dizaines de personnes alors que moi je n’ai risquĂ© que ma propre santĂ©. Mais on a tous les deux, elle et moi, Ă©tĂ© cons ce soir lĂ .

  6. Et bien je ne suis pas d’accord. Les coupables on les connaĂźt, c’est toute cette bande d’intermittents minables ou d’interminables Ă  mi-temps. Des « DJ-crĂȘpiers » qui se disent « artistes » et geignent comme des fillettes quand le mal est fait (ils sont tellement sensibles les pauvres choux…) des gratteux Ă  la mord- moi-le noeud, pĂ©dales wawa qui aboient Ă  130 db leurs « chansons » ineptes. Ajoutons Agison et ses petis gauchistes formĂ©s dans le moule socialo-communiste, la Prodiss qui produit des labels alternatifs, les salles de concerts indĂ©pendantes, vĂ©ritables fabriques d’acouphĂšnique en batterie, le forum Audiofanzine qui envoie ces pauvres imbĂ©ciles au casse pipe.
    Alors grand Dieu non! je ne me sens pas responsable de ce qui m’est arrivĂ© et j’endosse volontiers l’Ă©pithĂšte de « manichĂ©en » puisque le zoroastrisme
    m’a toujours intĂ©ressĂ©…

  7. Si on arrive Ă  faire en sorte que les pros fassent leur boulot correctement, alors ça en sera fini des gens qui sortent de discothĂšque avec des acouphĂšnes. Je serai rassurĂ© pour mon pote accroc aux dĂ©cibels, par contre je serai déçu que ça ne soit pas venu de lui. Il aura Ă©tĂ© pris par la main par une lĂ©gislation qui l’empĂȘche de se faire du mal et c’est sans doute tant mieux, mais lui il n’aura pas changĂ©.

    Et je crois l’humain capable de dĂ©celer des signes d’alerte quand il ressent « des coups d’Ă©paules dans le thorax » ou ce genre de choses.

    Il faut que les pros fassent bien leur boulot, mais je pense que ça, ce n’est que 90% de l’objectif (ou un certain pourcentage infĂ©rieur Ă  100). Le reste, c’est que les gens n’en viennent pas Ă  se dire « ben si je suis Ă  Bercy et que c’est un grand artiste en concert, alors forcĂ©ment je risque rien ».

    C’est comme un mĂ©decin qui m’a dit Ă  propos des amalgames dentaires que « si c’Ă©tait dangereux, on en utiliserait pas ». Le simple fait que quelque chose soit rĂ©pandu suffit souvent aux gens pour leur donner l’impression de lĂ©gitimitĂ©. Si tout le monde le fait, alors…

    C’Ă©tait mon erreur d’ailleurs, je pense. En arrivant dans cette boĂźte de nuit, j’ai proposĂ© Ă  ceux qui m’accompagnaient de partir (d’ailleurs oĂč Ă©tais-je allĂ© cherchĂ© l’idĂ©e qu’il ne vallait mieux pas rester ?). Et je me suis laissĂ© emporter par l’effet de groupe au lieu de me baser sur ma rĂ©flexion.

    Je ne veux pas me positionner en plus ou moins con que les autres, simplement je suis persuadĂ© que y’a du boulot Ă  faire chez la population aussi, en plus de la brider par des rĂ©glementations, et en plus de lui donner la conclusion toute faite « trop fort c’est nocif » (l’un n’empĂȘche pas l’autre).

    Vous n’avez pas l’air bĂȘte malgrĂ© que vous dissimuliez un peu vos arguments derriĂšre des formules chocs et des dĂ©signations thĂ©Ăątrales. Je suis sĂ»r qu’en y pensant bien, vous pourrez vous souvenir que vous aviez au moins un lĂ©ger doute sur l’inocuitĂ© des sons extrĂȘmement forts avant mĂȘme de connaĂźtre les mots acouphĂšnes ou hyperacousie.

  8. Je n’ai aucun argument Ă  cacher mon cher anonyme 😉
    TrĂšs sincĂšrement j’ai subi plusieurs traumas dont un fatal… J’avoue ne pas m’ĂȘtre mĂ©fiĂ© un seul instant du danger qui me menaçait et aggravait insidieusement ma sensibilitĂ© au bruit.
    C’est l’instinct qui nous a intimĂ© l’ordre de partir…Nous avons malheureusement obĂ©i Ă  la triste raison.

  9. @Anonyme :

    (dĂ©solĂ© je rĂ©ponds un peu tardivement mais j’ai Ă©tĂ© trĂšs pris, vacances, vacances… 😉 )

    Tu dis :
    « La carie concerne 60 millions de gens en France, mĂȘme lorsque ces gens ne font rien de dangereux. » :
    alors dĂ©jĂ  tu peux ne pas me compter dans les 60 millions, vu qu’Ă  3Ă  ans passĂ©s je n’ai absolument jamais eu de carie. D’ailleurs je ne suis pas le seul dans ma famille. Bien dotĂ© gĂ©nĂ©tiquement, le Laurent !

    Bref 🙂

    Ce qui me fait rĂ©agir surtout c’est quand tu affirmes :
    « Je me doutais bien que l’oreille n’est pas un organe indestructible, tout comme je peux me douter que trop de lumiĂšre n’est pas bon pour l’oeil, trop de chaleur n’est pas bon pour la peau, trop de poids n’est pas bon pour la colonne vertebrale, trop de poussiĂšre n’est pas bon pour le systĂšme respiratoire, etc. » :

    Le problĂšme est qu’on ne peut qu’ĂȘtre d’accord avec toi, puisque tu fais une lapalissade.

    Autrement dit, tu ne dis rien.

    Tu brasses de l’air, tout au plus.

    En effet, dans ta phrase, « trop » se suffit Ă  lui-mĂȘme.
    La définition de « trop » est « ce qui est en excÚs ».

    La vraie question est justement de savoir quand c’est trop.

    Et il se trouve que plus on s’expose Ă  des sons Ă©levĂ©s, moins on s’en trouve gĂȘnĂ©. HĂ© oui, Anonyme, le cerveau s’habitue ! De plus, nous ne sommes pas tous Ă©gaux, dans ce domaine comme dans n’importe quel autre.

    Grand amateur de concerts, j’avais assistĂ© Ă  des dizaines de shows avant mon accident et pourtant JAMAIS je n’avais Ă©tĂ© gĂȘnĂ© par le son, JAMAIS je n’avais pensĂ© « c’est trop fort ». Idem au cinĂ©ma par exemple. Et, de mĂȘme, je n’avais jamais eu les oreilles qui sifflent aprĂšs – cela m’Ă©tait arrivĂ© certes quelques fois aprĂšs une soirĂ©e en discothĂšque mais je n’ai jamais Ă©tĂ© fan de ce genre d’endroits et ça ne durait jamais au-delĂ  de la nuit… pour moi c’Ă©tait comme un lĂ©ger coup de soleil, en somme.

    En rĂ©sumĂ© tu dis : « si on trouve que c’est trop, c’est que c’est trop ». Pire qu’une lapalissade, c’est une erreur. Car, dans le cas des traumatismes auditifs, la zone de danger se situe avant la zone de douleur.

    Pire encore (!), lorsqu’on est atteint d’hyperacousie, on a mal alors mĂȘme qu’il n’y a la plupart du temps aucun danger ! C’est justement un des enseignements que les TCC (thĂ©rapies cognitives comportementales) essaient de t’apporter dans ce cas : ne pas se fier Ă  ton ressenti pour Ă©valuer le danger, mais essayer d’objectiver celui-ci.

    D’oĂč l’impossibilitĂ© de se fier au « bon sens » dont tu parles.

    Et d’oĂč la nĂ©cessitĂ© de la prĂ©vention.