Abandonne tout espoir…

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12 juin 2003

Aujourd’hui je dois revoir mon ORL de l’hôpital Pompidou. Depuis trois jours j’ai arrêté le Trivastal. Aucun changement à l’horizon, ni dans le sens vaguement espéré, ni dans le sens finalement peu redouté – je ne suis pas en état d’envisager que quelque chose de pire, de plus violent encore, puisse me tomber sur la gueule.

A vrai dire, je n’en suis pas exactement au même point, ce qui ferait dire à un Balladur-ça-assure qu’il y a comme un frémissement. En effet, l’arrêt du Trivastal a eu pour conséquence immédiate la disparition de ces conduites d’eau sous pression dans mon crâne, le recul de cette sensation d’engorgement de sang dans mes vaisseaux endoloris. Ma tête vibre toujours de haut en bas, de droite à gauche, peut-être pour toujours et à jamais, mais il me semble que le balancier parkinsonien a cédé quelque énergie à cette bonne vieille entropie.

Sacré traitement que ce Trivastal, en vérité ! Non seulement il n’a rien réglé mais il a transformé une ampoule au pied en gangrène. Et l’amputation dans mon cas n’est pas une issue envisageable : certains l’ont fait avant moi mais ont pu constater que cela n’a rien réglé, pire encore, que les douleurs et sifflements n’en sont sortis que renforcés.

Sans doute avaient-ils cru Nietzche et son désormais galvaudé « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Pour ma part, je n’ai jamais été si faible de ma courte existence.

A force de réfléchir, je construis un petit château d’espoir : peut-être est-ce en effet la prise de ce médicament qui a tout brutalement déréglé et, partant, que l’arrêt du traitement va amener à court ou moyen terme un retour à la situation post-traumatique ? Peut-être même ce maudit Trivastal a-t-il permis de récupérer une (petite) partie de ma (modeste) perte auditive ? J’essaie de me convaincre… Sans doute mon existence va-t-elle rentrer dans l’ordre maintenant…

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Je tente de ranger dans un coin en bon état de mon processeur central, si tant est que tout le système ne soit pas corrompu, tous ces abominables témoignages que j’ai pu consulter sur internet. Ils tendent tous vers la même conclusion : « toi qui entre ici, abandonne tout espoir ». Ma vie désormais serait celle d’un reclus, d’un paria, condamné à expier une faute qu’il n’a pas commise, coincé entre l’horreur du silence et la souffrance du bruit, enrubanné de douleurs.

Une BD me revient à l’esprit. Y était contée l’histoire des « Drogs », une tribu dont les membres étaient sous l’emprise de la drogue – BD destinée à expliquer aux jeunes enfants que la drogue, c’est mal. Leur monde était terne, sombre, fade, morne. L’anti-thèse de celui des Bisounours. La mort planait dans tous les coins. Les Drogs n’étaient pas méchants et en ce sens rien n’était fait pour que l’on éprouve un quelconque sentiment de reproche envers eux : on cherchait simplement à les éviter, car ils étaient plus morts que vivants. Message en filigrane : « la drogue c’est pas cool, les gens te fuiront, tu seras moche et en plus tu ne pourras plus sortir de ce Monde là ».

Mission réussie, si l’on en juge le souvenir vibrant que j’en garde près de vingt années plus tard. Tout comme plusieurs campagnes pour la prévention des caries me reviennent, il est vrai moins nettement, en mémoire.

Mais là encore, je m’interroge. Pourquoi tant d’acharnement à radoter les mêmes litanies ? Pourquoi répéter des milliers de fois aux enfants que « les dents, c’est important », qu’il faut en prendre soin comme si sa propre vie en dépendait ? Au risque de choquer, j’ose affirmer qu’il est tout à fait possible de survivre à une carie ! Il est même, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, tout à fait possible de vivre avec quelques dents en moins ! Pourquoi les enfants, les adolescents, les adultes, ne savent-ils pas que lorsque l’on commence à fréquenter discothèques et concerts on met sa vie en danger ?

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Et qu’une seule fois suffit !

Avec toutes ces histoires, je sens que je suis en train de virer vieux con : je radote, je ressasse et je comprends que le vieux con, s’il radote et ressasse, c’est simplement parce qu’il a vu un « beau » jour s’effondrer sa vision, sa conception du monde, qu’il a cherché à comprendre et que, sous le choc, le disque de son raisonnement s’est rayé aussi sûrement que ce vieux vinyl de Sidney Bechet déniché dans la cave de mère-grand.

Il n’est pas concevable de comprendre l’incompréhensible. En s’y efforçant, on aggrave la cassure, on agrandit la rayure, on creuse toujours plus loin le sillon.

Et on tourne en rond, sans espoir de sortir de ce Monde là.

(La photo utilisée pour illustrer ce billet s’intitule Without Words, par clarecita1. Photo Copyright Chiara Tamburini 2006)

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Réponses

  1. Bonjour,

    La carie concerne 60 millions de gens en France, même lorsque ces gens ne font rien de dangereux. Rien que manger un simple morceau de pain va déposer du sucre sur les dents (les enzymes de la salive transforment l’amidon du pain en sucre). Et ça peut être grave, puisqu’une carie peut aboutir à diverses complications, de la plus bénigne jusqu’à la mort (par septicémie). Sans aller jusque là, 60 millions de gens qui vont chez le dentiste, ça doit faire une sacré addition pour la sécu.

    Pour le problème des discothèques, c’est différent. Les gens qui auront de l’hypercousie seront beaucoup moins que 60 millions, et surtout il faut se montrer imprudent pour être touché. C’est ce que j’ai fait en allant en boîte de nuit. Et quand je suis entré dans cette discothèque, j’ai hésité à partir (et je l’ai proposé aux gens qui étaient avec moi), avant de décider de faire comme tout le monde et de rester. Je me doutais bien que l’oreille n’est pas un organe indestructible, tout comme je peux me douter que trop de lumière n’est pas bon pour l’oeil, trop de chaleur n’est pas bon pour la peau, trop de poids n’est pas bon pour la colonne vertebrale, trop de poussière n’est pas bon pour le système respiratoire, etc. Sans avoir bénéficié d’aucune prévention sur ces sujets, mais simplement avec du bon sens. Le problème, c’est que l’effet de groupe a eu raison de mon bon sens la nuit où je me suis abîmé les oreilles. Mais ça c’est de ma faute. Au moins en partie. Quand je suis sorti de là avec des acouphènes, j’étais supris de voir ceux qui m’accompagnaient trouver ça banal. Pour moi, ce n’était pas normal. Et je trouve qu’on ne devrait pas avoir besoin d’une formation pour en arriver à cette conclusion. Idem pour les piercings par exemple, je n’ai pas besoin qu’on me dise que se faire des trous dans le corps comporte des risques, ça semble évident.

    Tout ça pour dire qu’on ne peut pas faire une prévention égale sur tout, car sinon il faudrait sans doute créer une nouvelle matière à l’école en plus des maths et du français et des autres. Et dans ce flot de mises en garde, les plus récentes prendront la place des plus anciennes dans la mémoire des enfants. En plus, peut-être, d’augmenter la proportion d’hypocondriaques dans la population.

    Bref, je n’aime pas trop l’idée de dire “j’ai passé 3 heures sous un vacarme d’enfer et on m’avait pas dit que ça pouvait abîmer mes oreilles, c’est un scandale !”. Ça me fait penser à cette histoire d’un client qui a porté plainte contre Mac Donald’s après s’être brûlé avec une tasse de café chaud. Depuis, sur toutes les tasses de café Mac Do, il est écrit de manière très visible “Attention: chaud”. Je préfèrerais que ce ne soit pas écrit et que ça tombe sous le sens.

    Surtout que bien des gens qui fréquentent les boîtes de nuit ont déjà connu des acouphènes en sortant de là. Même avec ça, ils ne réalisent pas que quelque chose ne va pas. Dans ce cas, je dirais que le problème, c’est eux. D’ailleurs, les gens qui étaient avec moi en boîte ont tous eu des acouphènes pendant une nuit seulement, et ça n’a pas empêché certain d’y retourner, même après avoir été témoins de mon histoire et de mon handicap. Comme quoi, on peut être parfaitement au courant, ça ne sert à rien quand en plus, on est bête.

    Cela dit, je voudrais bien voir une vraie législation sur les discothèques, les concerts, les parcs d’attraction, et tout ce qui est susceptible d’exposer un public à une puissance sonore élevée. Et je voudrais bien voir aussi un peu de prévention par ci par là. D’ailleurs il y en a un petit peu, de temps à autre (j’ai en tête les magasins FNAC, une émission de radio, et je pense toutes les notices de tous les appareils qui produisent de la musique, ce qui déjà n’est pas rien). Mais c’est normal que la carie dentaire, bien que moins grave à l’échelle d’une personne (mais peut-être plus à l’échelle de l’humanité), mérite une attention particulière en tant que “problème de la vie normale auquel 100% des gens seront forcément confrontés à toutes époques”.

    J’aimerais bien, aussi, que les gens ne soient pas aussi attirés par ces discothèques. Je suis persuadé qu’il y a un siècle, il ne se serait pas trouvé beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de décibels, même si les systèmes de sonorisation actuels avaient existé. Les gens ne sont pas prudents, regardez par exemple avec le téléphone portable. De plus en plus, on entend dire que le risque apparaît comme étant de plus en plus probable, et que font les gens ? Ils y restent accroché pour se dire des futilités pas possible des heures par semaine, voire par jour… Quand les gens arrêteront d’être cons (ce qui revient peut-être à dire: quand on sortira de cette société d’adulescents), y’aura déjà beaucoup moins besoin de prévention. Un mode de vie simple et sain évite déjà d’emblée nombre de problèmes.

  2. “Je suis persuadé qu’il y a un siècle, il ne se serait pas trouvé beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de décibels”

    C’est un fait, nos aïeux étaient beaucoup moins cons que nous, surtout quand ils allaient la fleur au fusil sous la mitraille prussienne. Je regrette quant à moi, les coups de badines sur les rotules, les attouchements des bons pères jésuites, l’élégance martiale des braves soldats morts pour la patrie. Tout cela vous forgeait un homme fier et droit dans son cercueil, “plein de bon sens” et moins “bête” .
    Eh oui ! car il en faut du bon gros sens d’épicier bourgeois pour ne pas se sentir trop con à commenter un message qui appelle forcement une docte analyse de la carie dentaire et une profonde réflexion sociale… En somme, il nous faudrait “un peu de prévention par ci par là ” ; les gens devraient être “plus prudents”, ces imbéciles !
    “Un mode de vie simple évite déjà bon nombre de problèmes” ; J’ajouterai qu’un mode de pensée simple évite aussi d’affreuses migraines…
    Laurent tu peux crever raclure ! c’est de de faute pauvre idiot ! à ton prochain message, je te décrirai par le menu la fistule anale et ses modes de prévention, ça t’apprendra trou du cul !

  3. Quand je disais qu’il y a un siècle, il ne se serait pas trouvé beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de décibels, je voulais dire qu’il y a un siècle, il ne se serait pas trouvé beaucoup de gens pour aller s’abrutir sous une avalanche de décibels. Je ne voulais bien entendu pas dire que les coups de badines sur les rotules, les attouchements des bons pères jésuites, l’élégance martiale des braves soldats morts pour la patrie, c’était génial. Pas plus que le manque de droit des femmes, l’absence de conscience écologique, le manque d’aides sociales, et mille autres choses.

    Il ne faut pas être trop manichéen et penser que tout est soit super soit infect.

    Ce n’est pas parce que quelque chose est plus récent que c’est forcément mieux. Sinon ça voudrait dire qu’on a juste à continuer comme ça, pour tendre chaque jour un peu plus vers la perfection. Ça serait chouette mais ça ne marche pas comme ça.

    Des choses idiotes disparaissent, d’autres apparaissent. À mon sens, l’attirance pour le bruit est une mauvaise chose qui est apparue ces dernières décennies. Il n’est pas rare de voir des prospectus pour des boites de nuit avec comme accroche “soirée 3000 Watts !!!”. Et ceux que ça attire ne risquent pas de se voir décerner la médaille du bon sens. Par contre ils risquent de se voir décerner une belle hyperacousie…

  4. Bon ! au style “dissertation” je sens l’esprit qui se construit.
    Je ne serai donc pas trop féroce avec toi ma petite chatte .
    Lis attentivement le message de Laurent et je pense que tu constateras par toi-même que ton commentaire est un tant soit peu décalé.
    Ensuite (je te le dis à toi mais vous êtes des millions…) tu critiques une société dont tu adoptes tous les tics : il ne faut pas être “trop manichéen” ; ce facheux pléonasme est doublé d’une morale à géométrie variable. Toi tu as parfaitement le droit d’être manichéenne en traitant de cons les malheureux qui ne font pas preuve de “bon sens”…
    Je te le concède il y a bien une ribambelle d’imbéciles passionnés de décibels qui, même avertis des risques et traumatisé, foncent la tête baissée dans les murs de son.
    Seulement, certains ne sont absolument pas avertis des risques liés à une exposition sonore,
    ne sont pas forcement des accrocs du gros rock qui tache ou des cinés “Dolby Suround super sound system”, souhaitent simplement passer une soirée à la con entre amis sans se soucier d’un quelconque risque pour leurs oreilles.

  5. Si je vous ai qualifié de manichéen, c’est juste parce que quand j’ai dit que UNE chose (la chose qui nous intéresse sur ce blog) était mieux y’a un certain temps, vous m’avez répondu une liste de choses n’ayant rien à voir pour me montrer que ce n’était pas mieux avant. Certes. Je me suis demandé pourquoi, et à relire votre message, il semblerait que l’idée c’était “si tout ça c’était pas mieux avant, alors forcément rien ne l’était”. Je me suis peut-être trompé, vous vouliez peut-être me montrer autre chose en me parlant des jésuites, auquel cas je n’ai pas saisi. Seulement je n’avais absolument pas dit que TOUT était mieux avant, mais simplement qu’avant il n’était pas courant d’aimer s’exploser les oreilles et qu’on a donc avancé dans la mauvaise direction sur ce point. Rien d’extraordinaire en somme. Après les problèmes avec les jésuites et autres sont sans doute importants aussi, mais je vais pas fusionner tout les problèmes du monde -même si je pouvais les supporter sur mes petites épaules- pour en parler d’un coup à chaque fois que je prend la parole sur un blog.

    Quand je dis qu’il faut être con pour aimer les décibels à outrance, je ne veux bien sûr pas dire que quiconque aime le boucan est entièrement bête et ne sert à rien sur cette Terre. Donc je ne suis pas manichéen. D’ailleurs, je connais une personne que je ne suis pas arrivé à convaincre de se calmer sur les décibels, et je lui ai dit qu’il est bête de risquer de gâcher sa vie comme ça. Eh bien il est le premier d’accord et m’a répondu “je sais mais c’est comme une drogue pour moi” (cet aspect drogue se retrouve chez pas mal de monde d’ailleurs). Par contre, sur de nombreux points, c’est une personne très méritante qui pense souvent aux autres avant de penser à lui, et je lui suis redevable sur certaines choses, à ce con. Et s’il est têtu quant à ses oreilles, au moins il ne fera du mal qu’à lui.

    Quant aux gens qui ne sont pas avertis des problèmes sonores, c’était justement de quoi je parlais dans mon message. J’en connais 3 qui étaient avec moi dans cette fameuse discothèque le jour où j’ai eu mon traumatisme. Dans cette boîte, il était impossible de communiquer oralement sans se hurler dans le creux de l’oreille, et même alors, ça donnait l’impression d’un chuchotement. Quand on est sorti, personne n’a parlé de ses acouphènes et pourtant tout le monde en avait. J’ai manifesté ma surprise et de concert, on m’a répondu “mais t’inquiètes c’est normal ça”. Donc oui, je l’affirme, on avait pas été prévenus, on avait pas bénéficié de prévention, mais quand même, on peut pas dire qu’on ait été des lumières sur ce point. Tous les quatre. Quand le corps envoie un signal d’alarme parfaitement anormal et que la personne interprète “c’est normal ça”, faut quand même avoir un manque de bon sens quelque part. Et après avoir été témoin de mon handicap, l’une des 3 autres a continué de fréquenter cette boîte, en me disant “mais non je risque rien, c’est que toi tu devais avoir un problème aux oreilles avant”. Celle-là était quand même la plus conne, car les deux autres se sont montré plus malins par la suite, voyant ce qu’était devenu ma vie.

    Aussi, chaque fois qu’une connaissance me dit “tiens samedi je vais voir bidule en concert”, il faut que je fasse mon lourd et que je force la personne a prendre une paire de bouchons d’oreille. Et pourtant je suis une prévention vivante. Donc là encore, j’affirme que les gens ont une tendance à la connerie avec leur santé.

    Si vous lisez ce blog, alors vous connaissez peut-être le site audition-prevention.org, sur lequel on trouve le témoignage d’un certain Arnaud:

    “Almighty était déjà fort, mais Machine Head nous a littéralement cloués au mur. Le son arrivait en déflagration et la quasi-totalité du public semblait écrasée sur son siège par la masse sonore. La double grosse caisse du batteur plombait comme une DCA et nous donnait l’impression de recevoir des coup d’épaules dans le thorax, de comprimer nos glottes. Le son était si fort qu’on ne percevait aucune distinction de notes ou de timbres entre les instruments.”

    Quand on constate ça, et qu’on reste sur son siège alors qu’on est complètement libre de partir et de se soulager (et de sauver sa santé), je crois qu’on a pas besoin d’avoir été prévenu de quoi que ce soit. Dans la suite du témoignage, on apprend que trois personnes sur les quatre que formaient le groupe d’Arnaud ont eu la malchance de devenir acouphéniques pour de bon.

    Je sais que le coaching est à la mode, que de nos jours la télé nous envoie moult messages pour nous dire de bien nous alimenter, de mettre notre main devant notre bouche quand on éternue (véridique, c’est une récente campagne du gouvernement que vous avez forcément vu si vous regardez la télé), de faire attention à l’alcool, de conduire prudemment, etc., mais vraiment je suis persuadé que ça devrait aller de soi que de tels traitement infligés aux oreilles sont néfastes. Et que donc, celui qui se retrouve dans un endroit démeusurément bruyant, sans y être venu pour ça, sans aimer le boucan, et y reste, manque de jugeote. Comme j’en ai manqué. C’est tout ce que je dis. Je ne dis pas que c’est le cas pour toute la Terre, je ne vise ni vous ni l’auteur de ce blog ni aucune personne en particulier. Et c’est parce que je ne suis pas manichéen que je ne vais pas opposer les gentilles victimes innocentes exemptes de défauts et d’erreurs contre les méchantes boîtes de nuit avides de fric. Non, je ne suis pas parfait, loin de là, et ce soir là j’ai fait une connerie. La discothèque aussi, peut-être plus grosse encore puisqu’elle a accueilli des dizaines de personnes alors que moi je n’ai risqué que ma propre santé. Mais on a tous les deux, elle et moi, été cons ce soir là.

  6. Et bien je ne suis pas d’accord. Les coupables on les connaît, c’est toute cette bande d’intermittents minables ou d’interminables à mi-temps. Des “DJ-crêpiers” qui se disent “artistes” et geignent comme des fillettes quand le mal est fait (ils sont tellement sensibles les pauvres choux…) des gratteux à la mord- moi-le noeud, pédales wawa qui aboient à 130 db leurs “chansons” ineptes. Ajoutons Agison et ses petis gauchistes formés dans le moule socialo-communiste, la Prodiss qui produit des labels alternatifs, les salles de concerts indépendantes, véritables fabriques d’acouphènique en batterie, le forum Audiofanzine qui envoie ces pauvres imbéciles au casse pipe.
    Alors grand Dieu non! je ne me sens pas responsable de ce qui m’est arrivé et j’endosse volontiers l’épithète de “manichéen” puisque le zoroastrisme
    m’a toujours intéressé…

  7. Si on arrive à faire en sorte que les pros fassent leur boulot correctement, alors ça en sera fini des gens qui sortent de discothèque avec des acouphènes. Je serai rassuré pour mon pote accroc aux décibels, par contre je serai déçu que ça ne soit pas venu de lui. Il aura été pris par la main par une législation qui l’empêche de se faire du mal et c’est sans doute tant mieux, mais lui il n’aura pas changé.

    Et je crois l’humain capable de déceler des signes d’alerte quand il ressent “des coups d’épaules dans le thorax” ou ce genre de choses.

    Il faut que les pros fassent bien leur boulot, mais je pense que ça, ce n’est que 90% de l’objectif (ou un certain pourcentage inférieur à 100). Le reste, c’est que les gens n’en viennent pas à se dire “ben si je suis à Bercy et que c’est un grand artiste en concert, alors forcément je risque rien”.

    C’est comme un médecin qui m’a dit à propos des amalgames dentaires que “si c’était dangereux, on en utiliserait pas”. Le simple fait que quelque chose soit répandu suffit souvent aux gens pour leur donner l’impression de légitimité. Si tout le monde le fait, alors…

    C’était mon erreur d’ailleurs, je pense. En arrivant dans cette boîte de nuit, j’ai proposé à ceux qui m’accompagnaient de partir (d’ailleurs où étais-je allé cherché l’idée qu’il ne vallait mieux pas rester ?). Et je me suis laissé emporter par l’effet de groupe au lieu de me baser sur ma réflexion.

    Je ne veux pas me positionner en plus ou moins con que les autres, simplement je suis persuadé que y’a du boulot à faire chez la population aussi, en plus de la brider par des réglementations, et en plus de lui donner la conclusion toute faite “trop fort c’est nocif” (l’un n’empêche pas l’autre).

    Vous n’avez pas l’air bête malgré que vous dissimuliez un peu vos arguments derrière des formules chocs et des désignations théâtrales. Je suis sûr qu’en y pensant bien, vous pourrez vous souvenir que vous aviez au moins un léger doute sur l’inocuité des sons extrêmement forts avant même de connaître les mots acouphènes ou hyperacousie.

  8. Je n’ai aucun argument à cacher mon cher anonyme 😉
    Très sincèrement j’ai subi plusieurs traumas dont un fatal… J’avoue ne pas m’être méfié un seul instant du danger qui me menaçait et aggravait insidieusement ma sensibilité au bruit.
    C’est l’instinct qui nous a intimé l’ordre de partir…Nous avons malheureusement obéi à la triste raison.

  9. @Anonyme :

    (désolé je réponds un peu tardivement mais j’ai été très pris, vacances, vacances… 😉 )

    Tu dis :
    “La carie concerne 60 millions de gens en France, même lorsque ces gens ne font rien de dangereux.” :
    alors déjà tu peux ne pas me compter dans les 60 millions, vu qu’à 3à ans passés je n’ai absolument jamais eu de carie. D’ailleurs je ne suis pas le seul dans ma famille. Bien doté génétiquement, le Laurent !

    Bref 🙂

    Ce qui me fait réagir surtout c’est quand tu affirmes :
    “Je me doutais bien que l’oreille n’est pas un organe indestructible, tout comme je peux me douter que trop de lumière n’est pas bon pour l’oeil, trop de chaleur n’est pas bon pour la peau, trop de poids n’est pas bon pour la colonne vertebrale, trop de poussière n’est pas bon pour le système respiratoire, etc.” :

    Le problème est qu’on ne peut qu’être d’accord avec toi, puisque tu fais une lapalissade.

    Autrement dit, tu ne dis rien.

    Tu brasses de l’air, tout au plus.

    En effet, dans ta phrase, “trop” se suffit à lui-même.
    La définition de “trop” est “ce qui est en excès”.

    La vraie question est justement de savoir quand c’est trop.

    Et il se trouve que plus on s’expose à des sons élevés, moins on s’en trouve gêné. Hé oui, Anonyme, le cerveau s’habitue ! De plus, nous ne sommes pas tous égaux, dans ce domaine comme dans n’importe quel autre.

    Grand amateur de concerts, j’avais assisté à des dizaines de shows avant mon accident et pourtant JAMAIS je n’avais été gêné par le son, JAMAIS je n’avais pensé “c’est trop fort”. Idem au cinéma par exemple. Et, de même, je n’avais jamais eu les oreilles qui sifflent après – cela m’était arrivé certes quelques fois après une soirée en discothèque mais je n’ai jamais été fan de ce genre d’endroits et ça ne durait jamais au-delà de la nuit… pour moi c’était comme un léger coup de soleil, en somme.

    En résumé tu dis : “si on trouve que c’est trop, c’est que c’est trop”. Pire qu’une lapalissade, c’est une erreur. Car, dans le cas des traumatismes auditifs, la zone de danger se situe avant la zone de douleur.

    Pire encore (!), lorsqu’on est atteint d’hyperacousie, on a mal alors même qu’il n’y a la plupart du temps aucun danger ! C’est justement un des enseignements que les TCC (thérapies cognitives comportementales) essaient de t’apporter dans ce cas : ne pas se fier à ton ressenti pour évaluer le danger, mais essayer d’objectiver celui-ci.

    D’où l’impossibilité de se fier au “bon sens” dont tu parles.

    Et d’où la nécessité de la prévention.